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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402417

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402417

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402417
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er et 6 février 2024, M. B A C, représenté par la SELARL AMA Avocats, par Me Tihal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'examiner à nouveau sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans sa globalité :

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est bien intégré en France et cohabite avec sa compagne depuis janvier 2023.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 3 bis du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle ; il a acquis une expérience significative dans la boulangerie et la pâtisserie en France.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Paris a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tunisien né en 1987, est entré en France le

1er novembre 2020 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par la Suisse. Il demande l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur l'arrêté pris dans sa globalité :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels il est fondé et fait notamment état de la date d'entrée en France alléguée de M. A C, de ce qu'il est dépourvu de document de voyage en cours de validité, de ce qu'il s'est soustrait à une première mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 21 janvier 2022, de ce que l'intéressé ne peut pas justifier d'un lieu d'habitation et qu'il se déclare célibataire et sans enfant à sa charge. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cet arrêté est insuffisamment motivé doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que ce code s'applique " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes du point 2.3.3. de l'article 3 bis du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne susvisé : " Le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ". Il résulte de ces stipulations que le titre de séjour " salarié " n'est délivré que sur la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Les stipulations précitées n'instituent pas dès lors, en l'absence, comme en l'espèce, d'une autorisation de travail visée, un titre de séjour de plein droit pouvant faire obstacle au prononcé d'une mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, M. A C ne peut utilement se prévaloir, au demeurant sans plus de précisions, de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations des articles L. 435-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions concernant des points traités par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A C vit avec sa compagne, ressortissante portugaise, depuis le mois de janvier 2023, soit depuis un an à la date de l'arrêté attaqué. Il est, en outre, titulaire d'un contrat de travail à temps partiel à durée déterminée depuis le 1er novembre 2021, et à temps plein à durée indéterminée depuis le 1er novembre 2022, en qualité de pâtissier. Ces circonstances, eu égard à leur caractère encore récent à la date de la décision attaquée ne sont, toutefois, pas de nature à révéler une atteinte au droit à la vie privée et familiale du requérant garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Pour les motifs énoncés aux points 3 à 5 du présent jugement, M. A C n'est pas fondé à soutenir, d'une part, que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 bis du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne et, d'autre part, qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Pour les motifs énoncés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. Il résulte de tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La magistrate désignée

B. D

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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