mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2402496 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février et 21 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 31 janvier 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'examiner sa situation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- Sa requête est bien recevable ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le préfet a commis une erreur de droit et a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle et a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 ;
S'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et familiale ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'elle ne présentait pas des garanties suffisantes et a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l'article L. 612-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête et sollicite une substitution de base légale du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au 2° de ce même article.
Il soutient, ensuite, que les moyens présentés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Martin représentant Mme C.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêtés du 31 janvier 2024, le préfet de police a obligée Mme C à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an. Mme C demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-01464 du 29 novembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'État, directement placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative de Mme C. Contrairement à ce qu'elle soutient, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont elle entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme C ressortissante marocaine née en 1979 soutient qu'elle est entrée régulièrement en France en juin 2019 pour rejoindre ses parents dont l'un est de nationalité française et sa fratrie dont une partie est de nationalité française et l'autre y réside régulièrement. Elle soutient également qu'elle n'a plus de famille au Maroc et est venue pour aider ses parents eu égard à leur état de santé et pour s'occuper d'une de ses sœur qui est handicapée, qu'elle suit des cours de français ainsi qu'un certificat de FOF niveau 4 au titre de l'année 2022/2023, a entrepris une démarche en vue d'acquérir la nationalité française. Ensuite, elle soutient qu'elle a trouvé un emploi de cuisinière et signé un contrat de travail à mi-temps avec un restaurant à Paris et déclare ses impôts. Enfin, elle soutient qu'elle doit suivre un traitement médical en France. Toutefois, Mme C est célibataire, sans enfant et a vécu pendant 40 ans au Maroc avant de venir rejoindre sa famille ayant acquis la nationalité française où y résidant régulièrement. Ensuite, la requérante n'apporte aucun document médical postérieur à mars 2022 et aucun document de nature à établir que son état de santé exige qu'elle reste en France et ne trouverait un traitement équivalent au Maroc. Ensuite, si elle soutient que ses parents et sa sœur handicapé ont besoin de son aide, elle n'allègue et encore moins établit que les autres membres de sa fratrie résidant en France et notamment sa sœur résidant en Ile de France ne pourraient la suppléer dans ces tâches. Enfin, il n'est pas contesté que la requérante a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 17 février 2022 à laquelle elle n'a pas obtempéré et ne justifie d'aucune démarche en vue de faire régulariser sa situation administrative. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause celles de son article 3, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire. Le préfet n'a pas plus méconnu, et en tout état de cause, les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012.
6. En quatrième lieu, Mme C soutient que le préfet s'est fondé sur des faits matériellement inexacts car elle justifie être entrée régulièrement en France. Toutefois, d'une part, le préfet pour prendre son arrêté ne s'est pas fondé sur une entrée irrégulière mais sur la circonstance qu'elle n'en justifiait pas. D'autre part, si Mme C justifie dans le cadre de l'instance contentieuse qu'un visa lui a effectivement été délivré et qu'elle est entrée sur le territoire français le 12 juin 2019, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué que la requérante aurait sollicité et obtenu un titre de séjour après l'expiration de son visa. Par suite, elle entrait dans le cas prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1. A la demande du préfet, ces dispositions peuvent être substituées à celles du 1° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.
7. En cinquième lieu, s'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire, Mme C soutient que le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l'article L. 612-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'elle ne présentait pas des garanties suffisantes. Toutefois, il n'est pas contesté que lors de son arrestation, la requérante n'a pu produire de document d'identité, la seule production d'une carte d'aide médicale d'Etat étant comme elle reconnait elle-même insuffisante, qu'elle ne conteste pas plus avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 17 février 2022 à laquelle elle n'a pas obtempéré et ne justifie d'aucune démarche en vue de faire régulariser sa situation administrative. Par suite, et nonobstant la circonstance qu'elle justifiait d'une adresse chez ses parents, ce nouveau moyen sera écarté en ses deux branches.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 31 janvier 2024 du préfet de police. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées. Enfin, aucun dépens n'ayant été engagé, les conclusions tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat doivent aussi être écartés.
DECIDE
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
Le magistrat désigné,
A. Béal
La greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
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