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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402838

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402838

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402838
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6, 7, 21 février et 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Dosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté méconnait les dispositions de l'article 7 de la directive dite " retour " ;

- il est entaché d'une erreur de droit ; il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; il n'a pas été condamné, l'arrêté attaqué contrevenant dès lors au principe de la présomption d'innocence ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; l'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois années présente un caractère disproportionné ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est pacsé avec une ressortissante tunisienne qui vit en France depuis plusieurs années ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en cas de retour en Tunisie, pays qui n'a pas aboli la peine de mort, il risque d'être incarcéré dans des conditions contraires à ces stipulations.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Mme F, élève avocate de Me Dosé, représentant

M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né en 1986, est entré en France le 18 février 2020 sous couvert d'un visa de court séjour. Il demande l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs des départements de la Région Ile-de-France, le préfet de police a donné à M. C E, attaché d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels il est fondé et fait notamment état de ce que M. A s'est maintenu sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa, qui expirait le 22 avril 2020, qu'il a été écroué le 19 août 2022 par le tribunal judiciaire de Paris pour viol et usage illicite de stupéfiants, ces faits constituant une menace pour l'ordre public, et que s'il se déclare pacsé sans enfant à charge, il n'apporte pas la preuve du maintien d'une vie conjugale. Dans ces conditions, alors même que cet arrêté mentionne qu'il existe un risque de fuite et que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation suffisantes s'agissant d'une personne incarcérée, le moyen tiré de ce que cet arrêté est insuffisamment motivé doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est notamment motivé, s'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, par la circonstance que

M. A a été écroué le 19 août 2022 par le tribunal judiciaire de Paris pour des faits de viol et d'usage illicite de stupéfiants et qu'il représente, dès lors, une menace pour l'ordre public, ce placement sous écrou étant établi par les pièces du dossier. A cet égard, d'une part, le requérant ne peut se prévaloir directement, de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 qui a été transposée par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. D'autre part, si le requérant se prévaut de la présomption d'innocence, celle-ci ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une décision prise au titre de la police des étrangers, qui n'est notamment pas une sanction pénale. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

6. Pour prendre à l'encontre de M. A une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que le requérant représente une menace pour l'ordre public, l'intéressé ayant été écroué le 19 août 2022 par le tribunal judiciaire de Paris pour viol et usage illicite de stupéfiants, de ce qu'il allègue être entré en France le 18 février 2020 et de ce qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France,

M. A s'étant déclaré pacsé sans enfant mais n'ayant pas apporté de preuve du maintien de sa vie conjugale. L'ensemble de ces motifs, qui ressortent des pièces du dossier, est de nature à justifier la mesure prononcée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En cinquième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui protègent le droit à la vie privée et familiale, il ne produit au soutien de ce moyen que la preuve de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec une compatriote le 3 mai 2022. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

8. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que la peine de mort est toujours en vigueur en Tunisie, pays d'origine du requérant, et qu'un ressortissant tunisien est décédé en 2014 après plusieurs mois passés en détention dans des conditions jugées inhumaines par le Comité des droits de l'homme (Nations Unies), rien n'établit en revanche que M. A serait exposé au risque d'être condamné à la peine de mort en cas de retour dans ce pays, ni qu'il pourrait y être détenu dans des conditions indignes. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui prohibe les traitements inhumains et dégradants, doit par conséquent être écarté.

9. Il résulte de tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La magistrate désignée

B. D

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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