mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2402841 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | BAKHTI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 5 février 2024, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. D, enregistrée le 2 février 2024.
Par cette requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 12 février, 18 mai et 27 mai 2024, M. D, représenté par Me Bakhti, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de douze mois et a procédé à un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident d'une durée d'un an ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la date du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors que les dispositions de l'article L. 141-2 et L. 813-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues lors des interrogatoires effectués durant sa retenue administrative ;
- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur de fait tirée des conditions de son arrivée et de son maintien sur le territoire national ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation tirée d'un comportement et d'un exercice professionnel prétendument constitutif d'une menace à l'ordre public ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 dès lors qu'il remplissait toutes les conditions présidant à la délivrance de plein droit d'une carte de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;
S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision méconnait les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La requête et les mémoires ont été communiqués au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en qualité d'observateur qui n'a pas produit d'observation.
Vu l'arrêté attaqué ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gharbi, substituant Me Bakhti, représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien, né le 23 juin 1991, demande l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par arrêté n°2023-0538 en date du 10 mars 2023, régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la
Seine-Saint-Denis, M. A B a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des étrangers et des naturalisations, les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ, fixant le pays de destination et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ", aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
4. L'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ainsi, alors même qu'il n'expose pas tous les éléments relatifs à la situation individuelle de M. D, il est suffisamment motivé. Il vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel il a été pris, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et indique les éléments relatifs à la situation personnelle de M. D notamment la circonstance que l'intéressé n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et que, s'il a effectué une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, sa demande a fait l'objet d'une clôture pour défaut de transmission des pièces, qu'il est depuis en situation irrégulière et n'a pas effectué d'autres démarches en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions attaquées attestent de la prise en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition du 30 janvier 2024 que le requérant a été entendu avec l'assistance d'un interprète en langue arabe et informé de ce qu'il était susceptible d'être renvoyé dans son pays d'origine, perspective que l'intéressé a d'ailleurs rejetée. Il ressort de ce même document que sa situation au regard du droit au séjour en France ainsi ses conditions de vie sur le territoire ont été clairement évoquées et il n'apparaît nullement qu'il aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu, de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de ce qu'il n'aurait pas bénéficié d'une information dans une langue qu'il connait ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
8. Si M. D soutient être arrivé en France le 11 mai 2023 muni d'un visa Schengen de type C, valable jusqu'au 29 octobre 2023, et être marié depuis le 11 mai 2022 avec une ressortissante française, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-un ans. Dans ces conditions, eu égard au caractère très récent de son mariage avec une ressortissante française et de son arrivée en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par la mesure ni, pour les mêmes motifs, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.
Sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
10. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prononcer à l'encontre de M. D une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visé sans davantage de précision, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur la circonstance que M. D n'était pas en mesure de présenter de document transfrontière au moment de son interpellation et qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France régulièrement le 11 mai 2023, sous couvert d'un visa délivré par le consulat général de France à Oran le 11 avril 2023, valable jusqu'au 29 octobre 2023, il n'est pas contesté qu'il s'est maintenu sur le territoire français postérieurement à la date d'expiration de son visa, sans être titulaire d'un titre de séjour. Dès lors, il entrait dans le cas prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel le préfet doit être regardé comme s'étant également fondé en indiquant que l'intéressé n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et qu'il déclare exercer illégalement une activité professionnelle, de tels motifs pouvant légalement fonder, à eux seuls, l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, si M. D fait valoir qu'il a déposé, le 31 mai 2023, une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir, sans être sérieusement contesté, que sa demande a fait l'objet d'une clôture pour défaut de transmission des pièces et qu'il n'a pas effectué d'autre démarche en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. Enfin, par la seule mention sur sa demande de titre de séjour, déposée le 31 mai 2023, d'une adresse à Pierrefitte-sur-Seine, alors même que son visa Schengen ne mentionne pas d'adresse en France, le requérant ne saurait justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, alors qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de police le 30 janvier 2024, vivre à Pierrefitte-sur-Seine sans autre précision. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement fonder sa décision sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dans l'application de ces dispositions doit donc être écarté.
11. En deuxième lieu, si M. D soutient que son comportement et son exercice professionnel ne constituent pas une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Seine-Saint-Denis pour prendre la décision attaquée, ne s'est pas fondé sur ce motif. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 nouveau de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; [] ".
13. Si M. D soutient être arrivé en France le 11 mai 2023 muni d'un visa Schengen de type C, valable jusqu'au 29 octobre 2023, et être marié depuis le 11 mai 2022 avec une ressortissante française, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien a été clôturée par la préfecture en l'absence de transmission des pièces. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit donc être écarté.
Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
14. M. D doit être regardé comme invoquant la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non L. 511-1 I du même code, qui a été abrogé, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (). ". Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, qui régissent la décision portant obligation de quitter le territoire français, est inopérant s'agissant de la décision interdisant à M. D le retour sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Copies-en sera adressée au ministère de l'Europe et des affaires étrangères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024
La magistrate désignée,
A. Perrin
Le greffier,
G. Millet
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402841/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024