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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402854

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402854

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402854
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantTEKARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2024 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, transmise au tribunal administratif de Paris par une ordonnance du président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 6 février 2024, et un mémoire enregistré le 15 mars 2024,

M. B A, représenté par Me Tekari, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire national pendant une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'examiner à nouveau sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans sa globalité :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a formé une demande d'asile et une demande de titre de séjour au titre de son état de santé, qui sont toujours en cours d'instruction ; il n'a pas été tenu compte des éléments relatifs à sa vie personnelle, qui ont justifié qu'il coupe tout lien avec sa famille restée dans son pays d'origine ;

- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense ; il n'a pas été en mesure de présenter des observations préalables ;

Sur la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ; il a formé une demande de titre de séjour ; il bénéficie d'un suivi médical en France pour un diabète de type 1 ; il est impliqué dans des activités associatives et a un domicile connu ; il travaille comme coiffeur depuis novembre 2023 ; il n'a pas exprimé de volonté de ne pas exécuter la mesure d'éloignement ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision et celle portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est mal fondée et excessive.

La requête a été communiquée le 26 février 2024 au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Paris a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Tekari, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né en 1991, est entré irrégulièrement en France en juillet 2021 selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire national pendant une durée de douze mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En application de ces dispositions, il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En soutenant que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations préalables, M. A doit être regardé comme se prévalant de la méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, aux termes desquelles : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Et aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

5. M. A soutient sans être contesté, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas produit d'écritures ou de pièces en défense et n'ayant été ni présent ni représenté lors de l'audience, qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il a précisé lors de l'audience qu'il n'avait pas pu faire état de son état de santé, de sa demande de titre de séjour formée à ce titre, de son insertion professionnelle ou encore de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté attaqué, que M. A a pu porter ces informations pertinentes à la connaissance du préfet des Hauts-de-Seine avant l'intervention de la mesure d'éloignement contestée, informations qui auraient pu influer sur le sens de cette décision. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu et que pour ce motif, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Eu égard au motif qui le fonde, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police, territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Sur les frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Tekari, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tekari d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire national pendant une durée de douze mois est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police d'examiner à nouveau la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et que

Me Tekari renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à cette dernière une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tekari au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La magistrate désignée

B. C

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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