mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403060 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 février 2024 et 26 mars 2024,
M. F E A, représenté Me Mileo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de communiquer l'ensemble des documents sur lesquels il a fondé sa décision ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'examiner à nouveau sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'erreurs de fait révélant l'absence d'examen personnalisé de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E A ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Moller, substituant Me Mileo, représentant M. E A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F E A, ressortissant salvadorien né en 1989, est entré en France le 22 juillet 2015 selon ses déclarations. Il a formé une demande d'asile le 8 mars 2018, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 9 mars 2018 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 janvier 2019. Il demande l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
Sur les conclusions tendant à la production du dossier de M. E A :
2. Aux termes du quatrième alinéa du I bis de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration, qui a au demeurant versé plusieurs éléments de ce dossier aux débats. Dans ces conditions, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur l'arrêté pris dans sa globalité :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels elle se fonde et fait notamment état de ce que l'asile a été refusé à M. E A par l'OFPRA et la CNDA, de ce qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, de ce que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines et traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Si cette décision ne fait, par ailleurs, pas état de l'ensemble des éléments présentés par le requérant lors de son audition par les services de police, cette circonstance n'est pas de nature à établir que la décision est entachée d'erreur de fait. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée, révélant un défaut d'examen de la situation du requérant, doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'Office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () 2° Lorsque le demandeur : / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ". Aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande
antérieure ". Aux termes de l'article R. 531-36 du même code : " Lorsque dans les cas et conditions prévues à l'article L. 531-41, la personne intéressée entend présenter une demande de réexamen, elle doit procéder à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-36 du même code : " La demande de réexamen doit être introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de l'enregistrement ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'une demande de réexamen ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué. A ce titre, il est constant que la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté la demande d'asile présentée par M. E A par une décision du 31 janvier 2019. S'il ressort des pièces du dossier que celui-ci a, le 12 février 2020, procédé à l'enregistrement d'une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de la préfecture de police, il n'est en revanche pas établi que cette demande aurait ensuite été introduite auprès de l'OFPRA dans le délai de huit jours à compter de cet enregistrement prévu par les dispositions précitées de l'article R. 531-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. E A n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait formé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui ferait obstacle au prononcé à son encontre d'une mesure d'éloignement. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, si M. E A se prévaut de sa vie en concubinage depuis 2020 avec une compatriote en situation régulière sur le territoire français et de la présence de sa sœur en France, ces éléments sont insuffisants à établir que la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard notamment à leur caractère trop récent.
Sur la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, il résulte des énonciations des points 3 à 7 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, doit dès lors être écarté.
9. En second lieu, si M. E A fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour au Salvador, il ne produit aucun élément de nature à l'établir, alors par ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis la CNDA et qu'il résulte des énonciations du point 6 du présent jugement qu'il n'est pas démontré qu'il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prohibent les traitements inhumains et dégradants, doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E A doivent être écartées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E A et au préfet de police.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
La magistrate désignée
B. C
La greffière
D. DECOCK
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.