lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403330 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOIVIN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 février 2024, 13 mai 2024 et 21 juin 2024, l'association Greenpeace France, représentée par la SELARL GAA EOS, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur général d'Electricité de France (EDF) a implicitement refusé de lui communiquer l'intégralité des informations relatives à la prise en compte des risques liés au changement climatique dans le cadre du projet de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires et, notamment :
- les études, non caviardées, relatives à la centrale de Chooz,
- les études ayant servi à réaliser l'exercice,
- tout autre document ou information relatif au projet ADAPT ;
2°) d'enjoindre au directeur général d'Electricité de France de lui communiquer l'intégralité des informations qu'elle sollicite ;
3°) de mettre à la charge de la société Electricité de France la somme 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les documents sollicités constituent des informations relatives à l'environnement pouvant faire l'objet d'une communication au sens des dispositions des articles L. 124-1 et suivants du code de l'environnement ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 124-6 du code de l'environnement ;
- EDF ne peut se prévaloir du risque d'atteinte au secret des affaires pour lui opposer un refus partiel de communication des documents sollicités sans méconnaître les dispositions de l'article L. 124-4 du code de l'environnement ;
- la société EDF ne lui a pas communiqué l'ensemble des informations relatives au projet ADAPT dont elle dispose.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la société Electricité de France, représentée par la SCP Boivin et associés, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de l'association Greenpeace France la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par l'association Greenpeace France ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 12 juin 2024, Electricité de France a produit des pièces non-soumises au contradictoire, en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 13 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au lundi 24 juin 2024, 9 heures.
Vu :
- l'avis n° 20236068 du 23 novembre 2023 de la Commission d'accès aux documents administratifs ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Leravat,
- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,
- les observations de Me Capdebos, avocat de l'association Greenpeace France,
- et les observations de Me Emorine, avocat d'Electricité de France.
Une note en délibéré présentée par la société Electricité de France a été enregistrée le 24 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Greenpeace France a sollicité auprès de la société Electricité de France (EDF) le 14 juin 2023, la communication d'informations relatives à la prise en compte des risques liés au changement climatique dans le cadre du projet de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires, à savoir, l'étude réalisée sur la centrale de Chooz et les études qui ont servi à réaliser l'exercice, l'étude d'impact environnemental pour le site de Penly et toute autre documentation liée au projet ADAPT. Par un courrier du 11 août 2023, la société EDF a communiqué à l'association le document de présentation du projet ADAPT ainsi que l'étude réalisée sur Chooz dans le cadre de l'exercice ADAPT, après occultation des éléments susceptibles de porter atteinte au secret des affaires et des données nominatives susceptibles de préserver la protection de la vie privée. Estimant que les documents communiqués par EDF ne répondait pas à sa demande, l'association Greenpeace France a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) par un courrier en date du 11 octobre 2023, qui a rendu un avis le 23 novembre 2023. Par la présente requête, l'association Greenpeace France demande au tribunal l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de communication de l'intégralité des documents relatifs à la prise en compte des risques liés au changement climatique dans le cadre du projet de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires intervenue, conformément à l'article R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, deux mois après l'enregistrement de ses demandes par la commission.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 124-6 du code de l'environnement : " I. Le rejet d'une demande d'information relative à l'environnement est notifié au demandeur par une décision écrite motivée précisant les voies et délais de recours. L'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas. () ". L'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige, à savoir la décision de rejet qui s'est substituée à celle de la CADA, est implicite et donc non motivée. Celle-ci est, eu égard à l'exigence de motivation posée par l'article L. 124-6 du code de l'environnement, et alors que les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas en matière d'information environnementale, illégale.
4. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'environnement : " Le droit de toute personne d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues, reçues ou établies par les autorités publiques mentionnées à l'article L. 124-3 ou pour leur compte s'exerce dans les conditions définies par les dispositions du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve des dispositions du présent chapitre. " Aux termes de l'article L. 124-2 de ce code : " Est considérée comme information relative à l'environnement au sens du présent chapitre toute information disponible, quel qu'en soit le support, qui a pour objet : 1° L'état des éléments de l'environnement, notamment l'air, l'atmosphère, l'eau, le sol, les terres, les paysages, les sites naturels, les zones côtières ou marines et la diversité biologique, ainsi que les interactions entre ces éléments ; 2° Les décisions, les activités et les facteurs, notamment les substances, l'énergie, le bruit, les rayonnements, les déchets, les émissions, les déversements et autres rejets, susceptibles d'avoir des incidences sur l'état des éléments visés au 1° ; 3° L'état de la santé humaine, la sécurité et les conditions de vie des personnes, les constructions et le patrimoine culturel, dans la mesure où ils sont ou peuvent être altérés par des éléments de l'environnement, des décisions, des activités ou des facteurs mentionnés ci-dessus ; 4° Les analyses des coûts et avantages ainsi que les hypothèses économiques utilisées dans le cadre des décisions et activités visées au 2° ; 5° Les rapports établis par les autorités publiques ou pour leur compte sur l'application des dispositions législatives et réglementaires relatives à l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 124-3 de ce code : " Toute personne qui en fait la demande reçoit communication des informations relatives à l'environnement détenues par : 1° L'Etat, les collectivités territoriales et leurs groupements, les établissements publics ; 2° Les personnes chargées d'une mission de service public en rapport avec l'environnement, dans la mesure où ces informations concernent l'exercice de cette mission. () ". Aux termes de l'article L. 124-4 de ce code : " I. - Après avoir apprécié l'intérêt d'une communication, l'autorité publique peut rejeter la demande d'une information relative à l'environnement dont la consultation ou la communication porte atteinte : 1° Aux intérêts mentionnés aux articles L. 311-5 à L. 311-8 du code des relations entre le public et l'administration, à l'exception de ceux visés au e et au h du 2° de l'article L. 311-5 ; () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-5 de ce code : " Ne sont pas communicables : / () / 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / () / d) A la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations ; / () / h) Ou sous réserve de l'article L. 124-4 du code de l'environnement, aux autres secrets protégés par la loi. " Aux termes de l'article L. 311-6 du code précité : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires, lequel comprend le secret des procédés, des informations économiques et financières et des stratégies commerciales ou industrielles et est apprécié en tenant compte, le cas échéant, du fait que la mission de service public de l'administration mentionnée au premier alinéa de l'article L. 300-2 est soumise à la concurrence ; () ". Aux termes de l'article L. 311-7 de ce code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. "
6. Il résulte de ces dispositions que, en vertu de l'article L. 124-4 du code de l'environnement, figurent notamment au nombre des motifs légaux de refus de communication d'informations environnementales, le risque d'atteinte à la sécurité publique ou à la sécurité des personnes mentionné à l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration et les secrets protégés par l'article L. 311-6 du même code, et en particulier le secret industriel et commercial. Même en présence d'un motif légal de refus, il appartient à l'autorité publique d'apprécier au cas par cas si la préservation des intérêts ou secrets protégés est de nature à faire obstacle à la communication des informations concernées.
7. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, que par un courrier du 11 août 2023, la société EDF a communiqué à l'association Greenpeace France l'étude réalisée sur Chooz dans le cadre de l'exercice ADAPT, après occultation des éléments susceptibles de porter atteinte au secret des affaires et des données nominatives susceptibles de préserver la protection de la vie privée. Ces occultations ont trait, d'une part, aux scénarios climatiques mobilisés par EDF pour examiner la résilience des centres nucléaires de production d'électricité au changement climatique et, d'autre part, à l'identité de personnes nommément désignées. Il ressort du document concerné, communiqué par EDF et non-soumis au contradictoire en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, qu'EDF a procédé à l'occultation des mentions révélant les modélisations qu'elle a développées et utilisées ainsi que les scénarios que la société a sélectionné grâce à celles-ci. Or, contrairement à ce que soutient l'association requérante et ainsi que l'a relevé la CADA dans son avis du 23 novembre 2023, au regard du secteur concurrentiel dans lequel intervient EDF, la communication de ces éléments porterait atteinte au secret des affaires de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration qui protège en particulier les informations susceptibles de dévoiler les techniques de fabrication ainsi que les travaux de recherche. Il n'apparaît pas que la divulgation de ces informations serait cependant d'un intérêt réellement supérieur à leur absence de communication au sens des dispositions de l'article L. 124-4 du code de l'environnement. Dans ces conditions, l'association Greenpeace France n'est pas fondée à solliciter la communication de l'étude dans son intégralité.
8. En dernier lieu, il ressort du mémoire en défense qu'EDF ne détient pas d'autres documents ou informations relatives au projet ADAPT. Greenpeace France, qui se borne à soutenir qu'EDF dispose " nécessairement d'informations complémentaires relatives au projet ADAPT, portant sur la prise en compte du changement climatique et ses effets et, plus largement, sur l'adaptation du parc nucléaire français aux conséquences du changement climatique ", n'apporte pas d'éléments permettant d'établir l'existence de tels documents ou informations. Dans ces conditions, EDF n'est pas tenue de communiquer des documents inexistants ou qu'elle ne détient pas.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sous réserve de ce qui a été dit aux points 7 et 8, l'association Greenpeace France est fondée, pour le motif tiré de l'absence de motivation du refus contesté, à demander l'annulation du refus de communication opposé par la société EDF dans la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que la société EDF communique à l'association Greenpeace France les informations sollicitées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge d'EDF la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions du même article font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par EDF soient mises à la charge de Greenpeace France, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision d'Electricité de France portant implicitement refus de communication des informations sollicitées par l'association Greenpeace France est annulée.
Article 2 : Electricité de France versera à l'association Greenpeace France la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête de Greenpeace France est rejeté.
Article 4 : Les conclusions d'Electricité de France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Greenpeace France, à la société Electricité de France et à la SELARL GAA EOS.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
Le président,
J-P. LADREYT
La greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2309888
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'un titre de séjour opposée à une ressortissante bangladaise. Le juge a constaté que le préfet de police, mis en demeure, n'avait produit aucune défense et était donc réputé avoir acquiescé aux faits de la requérante, notamment sa présence continue en France depuis 2009 et la régularisation de son conjoint. La décision a été annulée pour méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration n'ayant pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407314
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant camerounais, père d'un enfant français. La juridiction a estimé que la décision administrative, fondée sur une menace à l'ordre public, méconnaissait l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, en portant atteinte à sa vie familiale en France. Le tribunal a ainsi fait prévaloir la protection de la vie familiale sur les considérations d'ordre public dans ce cas d'espèce.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317783
**Sujet principal** : Recours en annulation contre une révocation et une radiation des cadres d'un capitaine de police pour vice de procédure disciplinaire. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (5e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal a jugé que la procédure disciplinaire était entachée d'un vice substantiel, car l'agent n'a pas disposé d'un délai suffisant pour consulter son dossier (reçu seulement la veille de l'audience du conseil de discipline, malgré sa demande antérieure et l'importance du dossier). Cette méconnaissance des droits de la défense entraîne l'annulation de l'arrêté de révocation attaqué. **Textes appliqués** : Article L. 532-4 du code général de la fonction publique et article 5 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984, qui garantissent le droit à la communication intégrale du dossier dans un délai permettant une défense effective.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2315697
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B... visant à annuler sa déclaration d'élimination au concours externe du CAPES d'anglais 2023. La juridiction juge irrecevable le recours, considérant que la délibération du jury sur l'admissibilité n'est pas détachable de sa décision finale. Elle refuse également la condamnation de l'État aux frais de procédure, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
27/03/2026