mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403373 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | PERATOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2024 au tribunal administratif de Montreuil, transmise au tribunal administratif de Paris par une ordonnance du président du tribunal administratif de Montreuil du 6 février 2024, et un mémoire enregistré le 26 mars 2024, M. B E, représenté par Me Peratou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, d'examiner à nouveau sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant estimé lié par la décision de refus de séjour qui lui a été opposée pour décider de son éloignement ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de celle portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ; il établit sa présence en France depuis 2019 et un suivi médical faisant suite à une amputation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par M. E n'est pas fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal administratif de Paris a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les observations de Me Peratou, représentant M. E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant algérien né en 1990, entré en France en 2019 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-3625 du 27 novembre 2023 régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A C, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels il est fondé et fait notamment mention de ce que M. E a déclaré être entré en France en 2019, n'a pas effectué de démarche de régularisation de sa situation administrative depuis, qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 7 novembre 2020 et qu'il est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour plusieurs faits de vol et de recel, représentant ainsi un risque pour l'ordre public et qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France. Dès lors, cet arrêté comportant la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la reconnaissance du statut de réfugié, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté attaqué, dès lors notamment que M. E n'a pas formé de demande d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En quatrième lieu, M. E établit résider en France depuis 2020 à tout le moins, y avoir ponctuellement exercé une activité professionnelle dont il a déclaré les revenus et bénéficié d'un suivi médical à la suite d'une amputation de plusieurs doigts à la suite d'un accident ayant eu lieu en 2020. Ces éléments, récents à la date de la décision attaquée, ne sont toutefois pas de nature à caractériser une atteinte portée par l'arrêté attaqué au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que cet arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors notamment qu'il ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France ni de ce que son suivi médical ne pourrait pas être poursuivi dans le pays à destination duquel il peut être reconduit. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
6. En dernier lieu, aucun des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'illégalité des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français du fait de celle de cette première décision doivent être écartés. Par ailleurs, M. E ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité d'une décision de refus de séjour qui aurait été prise à son encontre, l'arrêté attaqué ne comportant aucune décision de ce type.
7. Il résulte de tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 10 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Peratou et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
La magistrate désignée
B. D
La greffière
D. DECOCK
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.