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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403379

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403379

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403379
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCHAKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2024 au tribunal administratif de Montreuil, transmise au tribunal administratif de Paris par une ordonnance du président du tribunal administratif de Montreuil du 12 février 2024, et un mémoire enregistré le 21 mars 2024,

M. E D, représenté par Me Chakri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'examiner à nouveau sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de

100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 813-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas produit le procès-verbal de son audition ayant eu lieu avant que ne soit prise la décision attaquée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Chakri, représentant M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant sénégalais né en 1971, est entré en France le

31 décembre 2017 selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. A B, chef de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, bénéficiant à cette fin d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en vertu d'un arrêté n° 2023-3625 du 27 novembre 2023 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les textes sur lesquels elle se fonde et fait notamment état de ce que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement en France et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, exerce illégalement une activité professionnelle ou encore ne présente pas de garanties de représentation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée, ce qui révélerait un examen insuffisant de sa situation personnelle, doit être écarté.

4. En troisième lieu, les mesures de contrôle et de retenue que prévoient les articles

L. 812-2 et L. 813-1 à L. 813-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l'étranger de quitter le territoire français. Dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle qui a, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière, les conditions dans lesquelles il a été procédé aux vérifications relatives à la situation administrative de M. D au regard des dispositions de l'article L. 813-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont insusceptibles d'exercer une influence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté en tant qu'il est inopérant.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, lequel relève des droits de la défense qui figurent au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition sur sa situation administrative établi le 7 février 2024 que M. D a été entendu par les services de police dans les suites de son interpellation, préalablement à l'édiction de la décision attaquée et qu'il a pu notamment, dans ce cadre, s'exprimer s'agissant de sa situation administrative en France et la perspective d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Par ailleurs, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

7. En cinquième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. D est titulaire d'un contrat de travail signé le 5 juillet 2021 en qualité d'employé polyvalent au sein d'une entreprise de fabrication de produits alimentaires et qu'il peut justifier par ailleurs de vingt-six fiches de paye entre cette dernière date et celle de la décision attaquée, cette circonstance ne permet pas de caractériser une atteinte à la vie privée et familiale de M. D, protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors que le requérant ne justifie par ailleurs d'aucune attache particulière sur le territoire français. Ce moyen doit, par conséquent, être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte des énonciations des points 2 à 7 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision, par la voie de l'exception, à l'encontre de celle portant refus de délai de départ volontaire.

9. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés au point 3 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée doit être écarté.

10. En troisième lieu, il résulte des énonciations du point 7 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte des énonciations du point 7 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte des énonciations des points 2 à 7 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision, par la voie de l'exception, à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. En l'espèce, pour décider d'interdire à M. D de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que le requérant réside en France depuis le 31 décembre 2017 et ne justifie pas y disposer de liens familiaux. L'absence de mention des critères tirés d'une précédente mesure d'éloignement et d'une menace pour l'ordre public n'est pas obligatoire en termes de motivation de la décision attaquée et indique que de telles circonstances n'ont pas été retenues en l'espèce. Dès lors, la décision attaquée est suffisamment motivée.

15. En troisième lieu, il résulte des énonciations des points 5 et 6 du présent jugement que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

16. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 7 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Chakri et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La magistrate désignée

B. C

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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