Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403725
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403725 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CHOUCHANA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, la société Agence D&M, représentée par Me Chouchana, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 18 décembre 2023 par laquelle la directrice adjointe de la formation professionnelle et des compétences de la caisse des dépôts et consignations (CDC) l’a déréférencée de la plateforme « Mon compte formation » pour une durée de douze mois, a demandé le recouvrement des sommes versées et l’a informée du non-paiement des formations inéligibles ainsi que, le cas échéant, du non-remboursement des sommes rétrocédées par l’établissement bancaire de l’organisme ;
2°) d’enjoindre à la CDC de procéder à son référencement sur la plateforme « Mon compte formation » dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre la CDC à procéder au paiement des formations engagées sur la plateforme « Mon compte formation » dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la CDC une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Agence D&M soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de méconnaissance du principe du contradictoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, la caisse des dépôts et des consignations (CDC), représentée par le cabinet Adden Avocats, agissant par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La CDC soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rannou,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- les observations de Me Chouchana, représentant la société Agence D&M,
- les observations de Me Guena, substituant Me Nahmias, représentant la CDC.
Considérant ce qui suit :
1. La société Agence D&M, fondée en février 2019, proposait des formations en ligne par l’intermédiaire de la plateforme « Mon Compte Formation ». Par une décision du 18 décembre 2023, la CDC, ayant constaté des non-conformités graves, a prononcé le déréférencement de la société de la plateforme pour une durée de douze mois, le recouvrement des sommes versées au titre des formations inéligibles et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagés ainsi que, le cas échéant, le non-paiement des sommes rétrocédées par l’établissement bancaire de l’organisme. Par la présente requête, la société Agence D&M demande l’annulation de la décision du 14 décembre 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article R. 6333-6 du même code : « Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. / La Caisse des dépôts et consignations effectue tout signalement utile et étayé des manquements qu'elle constate auprès des autorités compétentes de l'Etat ». D’autre part, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. » Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles (…). ». Ni les dispositions précitées de l’article R. 6333-6 du code du travail selon lesquelles les mesures sont prises par la CDC après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent, ni ces conditions générales d’utilisation ne font obstacle à la mise en œuvre des dispositions du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration.
3. Il ressort des pièces du dossier qu’après avoir été informés d’une faille dans la plateforme « Mon Compte formation », dont ils ont découvert en novembre 2023 le mode opératoire, des agents de la CDC ont rédigé une note sur le schéma de fraude mis en en œuvre, et la CDC a pris la sanction le 18 décembre 2023, sans mettre en œuvre la procédure contradictoire. Pour contester la sanction dont elle fait l’objet, la société Agence D & M soutient que, compte tenu des mesures de sauvegarde prévues par l’article 4.2.1 des conditions générales d’utilisation de la plateforme, la CDC pouvait mettre en œuvre la procédure contradictoire sans faire courir un risque pour les fonds publics encore à verser ou les droits à formation des personnes dont l’identité pouvait encore être usurpée. Toutefois, face à la sophistication du schéma de fraude que la société était sérieusement soupçonnée d’avoir utilisé, le délai lié à la procédure contradictoire présentait un risque de disparition des 115 705 euros de fonds publics déjà versés. Compte tenu des montants en jeu, et des risques encourus, l’urgence justifiait qu’il soit, dans les circonstances de l’espèce, dérogé à la procédure contradictoire ainsi que le permettaient les dispositions du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration, citées au point 2. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du contradictoire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée cite les articles du code du travail, du code des relations entre le public et l'administration et des conditions générales d’utilisation de la plateforme « Mon Compte Formation » qui la fondent en droit, ainsi que les éléments de fait ayant conduit la CDC à sanctionner la société Agence D & M, à savoir « des non-conformité graves (…), notamment des indices d’anomalie liés aux données de connexion (…) révélateurs d’un schéma de fraude indiquant l’usurpation de l’identité de[s] stagiaires ». Dans ces conditions, elle comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent de fondement et la société requérante n’est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de la société Agence D&M doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais du litige doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CDC, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Agence D&M demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette société une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la CDC et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Agence D&M est rejetée.
Article 2 : La société Agence D&M versera à la caisse des dépôts et consignations (CDC) une somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Agence D&M et à la caisse des dépôts et consignations (CDC).
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Rannou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. RANNOU
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. LOUISOR
La République mande et ordonne au Premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, la société Agence D&M, représentée par Me Chouchana, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 18 décembre 2023 par laquelle la directrice adjointe de la formation professionnelle et des compétences de la caisse des dépôts et consignations (CDC) l’a déréférencée de la plateforme « Mon compte formation » pour une durée de douze mois, a demandé le recouvrement des sommes versées et l’a informée du non-paiement des formations inéligibles ainsi que, le cas échéant, du non-remboursement des sommes rétrocédées par l’établissement bancaire de l’organisme ;
2°) d’enjoindre à la CDC de procéder à son référencement sur la plateforme « Mon compte formation » dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre la CDC à procéder au paiement des formations engagées sur la plateforme « Mon compte formation » dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la CDC une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Agence D&M soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de méconnaissance du principe du contradictoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, la caisse des dépôts et des consignations (CDC), représentée par le cabinet Adden Avocats, agissant par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La CDC soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rannou,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- les observations de Me Chouchana, représentant la société Agence D&M,
- les observations de Me Guena, substituant Me Nahmias, représentant la CDC.
Considérant ce qui suit :
1. La société Agence D&M, fondée en février 2019, proposait des formations en ligne par l’intermédiaire de la plateforme « Mon Compte Formation ». Par une décision du 18 décembre 2023, la CDC, ayant constaté des non-conformités graves, a prononcé le déréférencement de la société de la plateforme pour une durée de douze mois, le recouvrement des sommes versées au titre des formations inéligibles et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagés ainsi que, le cas échéant, le non-paiement des sommes rétrocédées par l’établissement bancaire de l’organisme. Par la présente requête, la société Agence D&M demande l’annulation de la décision du 14 décembre 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article R. 6333-6 du même code : « Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. / La Caisse des dépôts et consignations effectue tout signalement utile et étayé des manquements qu'elle constate auprès des autorités compétentes de l'Etat ». D’autre part, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. » Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles (…). ». Ni les dispositions précitées de l’article R. 6333-6 du code du travail selon lesquelles les mesures sont prises par la CDC après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent, ni ces conditions générales d’utilisation ne font obstacle à la mise en œuvre des dispositions du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration.
3. Il ressort des pièces du dossier qu’après avoir été informés d’une faille dans la plateforme « Mon Compte formation », dont ils ont découvert en novembre 2023 le mode opératoire, des agents de la CDC ont rédigé une note sur le schéma de fraude mis en en œuvre, et la CDC a pris la sanction le 18 décembre 2023, sans mettre en œuvre la procédure contradictoire. Pour contester la sanction dont elle fait l’objet, la société Agence D & M soutient que, compte tenu des mesures de sauvegarde prévues par l’article 4.2.1 des conditions générales d’utilisation de la plateforme, la CDC pouvait mettre en œuvre la procédure contradictoire sans faire courir un risque pour les fonds publics encore à verser ou les droits à formation des personnes dont l’identité pouvait encore être usurpée. Toutefois, face à la sophistication du schéma de fraude que la société était sérieusement soupçonnée d’avoir utilisé, le délai lié à la procédure contradictoire présentait un risque de disparition des 115 705 euros de fonds publics déjà versés. Compte tenu des montants en jeu, et des risques encourus, l’urgence justifiait qu’il soit, dans les circonstances de l’espèce, dérogé à la procédure contradictoire ainsi que le permettaient les dispositions du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration, citées au point 2. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du contradictoire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée cite les articles du code du travail, du code des relations entre le public et l'administration et des conditions générales d’utilisation de la plateforme « Mon Compte Formation » qui la fondent en droit, ainsi que les éléments de fait ayant conduit la CDC à sanctionner la société Agence D & M, à savoir « des non-conformité graves (…), notamment des indices d’anomalie liés aux données de connexion (…) révélateurs d’un schéma de fraude indiquant l’usurpation de l’identité de[s] stagiaires ». Dans ces conditions, elle comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent de fondement et la société requérante n’est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de la société Agence D&M doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais du litige doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CDC, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Agence D&M demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette société une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la CDC et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Agence D&M est rejetée.
Article 2 : La société Agence D&M versera à la caisse des dépôts et consignations (CDC) une somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Agence D&M et à la caisse des dépôts et consignations (CDC).
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Rannou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. RANNOU
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. LOUISOR
La République mande et ordonne au Premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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