Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 février 2024, la SARL Holding Château d’Eternes, représentée par Me Alexandre de la SELAS L.& A., demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2016 à 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en l’absence de bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, elle n’a pas réalisé de « profit sur le trésor » qu’il y aurait lieu de réintégrer à ses bénéfices imposables ;
- le report à nouveau existant au passif de la société A... d’Eternes au 1er janvier 2016 consistait en des facturations reçues et non encore payées, de sorte que la dette est justifiée ;
- le compte courant d’associé de M. A... ouvert dans les écritures de la société A... d’Eternes a été crédité, à hauteur de 41 615 euros, au titre de l’année 2016 et de 21 454 euros, au titre de l’année 2018, en contrepartie de l’engagement par M. A... de dépenses incombant à cette société ;
- le solde créditeur du compte courant est justifié, à la clôture de l’exercice 2017, par une dette qui a été contractée en 2009 dans le cadre d’un accord ne prévoyant aucune date de remboursement et qui n’était donc pas prescrite en application des règles du droit civil ;
- l’administration fiscale ne rapporte pas la preuve de l’intention délibérée de la société A... d’Eternes d’éluder l’impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le directeur régional des finances publiques d’Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Par une ordonnance du 20 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée au 13 février 2026 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Amadori ;
- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La SARL Holding Chateau d’Eternes est la société mère d’un groupe fiscalement intégré. Elle s’est constituée seule redevable de l’impôt sur les sociétés dû par elle-même et par l’ensemble des sociétés du groupe qu’elle anime, au nombre desquelles figure la société A... d’Eternes. Cette dernière a pour activité l’agencement, l’aménagement et l’installation de mobiliers de comptoirs pour les stands, les salons ou les expositions. La société A... d’Eternes a fait l’objet d’une vérification de comptabilité à la suite de laquelle le service vérificateur a notamment remis en cause des passifs inscrits à son bilan qu’il a regardés comme n’étant pas justifiés. Le service a également réintégré à son bénéfice imposable l’incidence financière d’une partie des rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés à cette même société. Ces rectifications ont été partiellement maintenues dans le cadre de la procédure contradictoire qui s’en est suivie, à l’issue de laquelle des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés ont été mises en recouvrement par le service au titre des exercices clos en 2016 à 2018 au nom de la SARL Holding Château d’Eternes. Les impositions supplémentaires issues de la remise en cause des sommes inscrites au crédit du compte courant d’associé de M. A... ont, en outre, été assorties de pénalités de 40 % pour manquement délibéré sur le fondement de l’article 1729 du code général des impôts. La SARL Holding Château d’Eternes a contesté ces sommes le 4 octobre 2022 par une réclamation qui a fait l’objet de la part du directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris d’une décision de rejet du 22 décembre 2023.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé de l’imposition :
S’agissant du profit sur le trésor :
La SARL Holding Chateau d’Eternes, qui soutient qu’en l’absence de bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés à la société A... d’Eternes, la réintégration au bénéfice imposable d’un profit sur le trésor serait mal fondée par voie de conséquence à hauteur de 20 638 euros au titre de son exercice clos en 2016, 67 542 euros au titre de son exercice clos en 2017 et 631 euros au titre de son exercice clos en 2018, ne précise pas en quoi ces rappels de taxe sur le valeur ajoutée seraient eux-mêmes mal fondés. Dans ces conditions, elle n’assortit son moyen d’aucune précision de nature à permettre au tribunal d’en apprécier la portée.
S’agissant des dettes :
Aux termes du 2 de l’article 38 du code général des impôts : « Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ». Le contribuable supporte, quelle que soit la procédure d’imposition suivie, la charge de la preuve du principe comme du montant de ses dettes inscrites au bilan.
En premier lieu, il résulte de l’instruction que le service vérificateur a constaté qu’au 31 décembre 2018, le compte 44566 présentait un solde créditeur de 495 499 euros incluant, à hauteur de 399 290 euros, de la taxe sur la valeur ajoutée déduite en excès et, à hauteur de 96 209 euros, un à-nouveau créditeur présent au bilan d’ouverture du premier exercice non prescrit. Faisant application des dispositions des 2 et 4 de l’article 38 du code général des impôts, le service a réintégré au bénéfice imposable au titre du premier exercice non prescrit un produit correspondant à l’extinction de ce passif injustifié. Si la société requérante soutient que ce report à nouveau serait constitué de facturations établies et non encore payées par la société mère, il n’apporte aucun élément de preuve au soutien de ces allégations. La société ne rapporte, dès lors, pas la preuve qui lui incombe du bien-fondé du passif figurant au bilan de son premier exercice non prescrit.
En second lieu, d’une part, le service vérificateur a estimé que les écritures figurant au crédit du compte courant du principal associé de la société A... d’Eternes au titre, respectivement, de ses exercices clos en 2016 et 2018, n’étaient pas justifiées. Si la société requérante estime que ces sommes correspondraient à des charges incombant à sa filiale et qui auraient été payées par M. A..., elle n’apporte aucun commencement de preuve à l’appui de ses allégations. La société ne rapporte, dès lors, pas la preuve qui lui incombe de la régularité de ces écritures ayant une incidence sur le passif du bilan de sa filiale intégrée.
D’autre part, la SARL Holding Château d’Eternes ne justifie pas devant le tribunal de la dette qui serait à l’origine du solde créditeur du compte courant d’associé de M. A... ouvert dans les écritures de la société A... d’Eternes à la clôture de son exercice clos en 2017. Est, dès lors, inopérante la circonstance, à la supposer établie, qu’en application des règles du droit commun, une telle dette ne pourrait être considérée comme étant prescrite.
En ce qui concerne le bien-fondé des pénalités :
Aux termes de l’article 1729 du code général des impôts : « Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ». Aux termes de l’article L. 195 A du livre des procédures fiscales : « En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. »
En l’espèce, l’administration fiscale fait valoir que la SARL A... d’Eternes a crédité, à plusieurs reprises, le compte courant de son principal associé sans jamais être en mesure de justifier de la cause du constat comptable de ces dettes, lesquelles ont été regardées, dès lors, comme étant fictives, pour des montants importants et sur plusieurs exercices vérifiés. Dans ces conditions, elle doit être regardée comme ayant rapporté la preuve de l’intention délibérée de la contribuable d’éluder l’impôt.
Sur les frais liés à l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante la somme que la SARL Holding Château d’Eternes sollicite au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1 : La requête de la SARL Holding Château d’Eternes est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Holding Chateau d’Eternes et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente ;
M. Amadori, premier conseiller ;
M. Touzanne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
A. AMADORI
La présidente,
Signé
M.-O. LE ROUXLa greffière,
Signé
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.