mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2404402 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | WERBA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 24 février 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. C, enregistrée au greffe de ce tribunal le 18 février 2024.
Par cette requête, M. C, représenté par Me Werba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de ce réexamen, de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à rester sur le territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré en France en 2011 et s'y est maintenu et qu'il y a toutes ses attaches familiales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Werba, représentant M. C, présent, assisté de M. E, interprète en langue géorgienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien, né le 17 juillet 1979, a fait l'objet d'un arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 5 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme D A, attachée d'administration, adjointe au chef de bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, porteraient au droit de M. C, âgé de 44 ans, au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. S'il fait valoir que vivent en France la mère de ses enfants et ses trois enfants, dont deux filles majeures, tous en situation régulière sur le territoire français, et résider en France depuis 2011, il n'établit cependant pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et il ne produit aucun élément suffisamment probant pour justifier la durée de son séjour en France. Par ailleurs, le préfet de police soutient sans être contesté que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où résident notamment son père et son frère. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1 dont il est fait application. Elle mentionne que M. C, de nationalité géorgienne, n'a pas été en mesure de présenter de document transfrontalier au moment de son interpellation et qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En outre, la décision indique que le requérant ne démontre pas avoir effectué des démarches pour régulariser sa situation. La décision précise qu'il est père de trois enfants, sans toutefois justifier pourvoir à leur éduction et leur entretien et que s'il déclare vivre maritalement avec la mère de ses enfants, il ne justifie pas de la régularité du séjour de sa compagne, ni d'une communauté de vie. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait à l'exigence de motivation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le préfet de l'Essonne n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la vie personnelle, familiale et professionnelle de l'intéressé. Par ailleurs, s'il soutient avoir déposé récemment une demande de régularisation sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
9. La décision litigieuse vise les textes qui la fondent, plus particulièrement les articles L. 612-2 à L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle retient qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elle précise que M. C, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il se maintient sur le territoire en situation irrégulière et qu'il n'a pas présenté de passeport valide. Elle indique qu'il a un comportement qui trouble de façon récurrente l'ordre public, ayant fait l'objet de huit signalements entre 2013 et 2019. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). "
11. La décision litigieuse vise les textes qui la fondent, plus particulièrement l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle prend en compte la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, et la menace pour l'ordre public que son comportement constitue. Ainsi, la motivation de la décision en litige atteste de la prise en compte des critères prévus par les dispositions visées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée ainsi que ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente requête.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La magistrate désignée,
A. Perrin
Le greffier,
G. MilletLa République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2404402/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024