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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2404805

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2404805

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2404805
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDUJONCQUOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 février 2024, M. A C, représenté par Me Dujoncquoy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à sa vie privée et familiale et méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit des pièces enregistrées le 27 mars 2024.

Vu :

- l'ordonnance du 5 mars 2024, enregistrée au greffe du tribunal le 6 mars 2024, versée au dossier de la présente requête, par laquelle le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, une requête de M. C constituant en réalité le double de la requête sur laquelle il est statué par le présent jugement ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ho Si Fat ;

- et les observations de Me Dujoncquoy représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 7 mai 2024 pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 24 août 1981, est entré en France le 10 mai 2020 selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 février 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, en fixant le pays de renvoi duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

3. M. C soutient sans être contredit résider en France depuis 2019 et exercer une activité professionnelle continue en tant que calorifugeur dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 1er avril 2021, soit près de trois ans à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, ce dont il justifie par la production de fiches de paie. En outre, ses parents, tous deux titulaires d'une carte de résident de dix ans, ainsi que son frère également titulaire d'une carte de résident de dix ans résident en France et sont titulaires de titres de séjour en France depuis respectivement 2011, 2016 et 2014. Il s'ensuit que dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard notamment à l'absence d'attaches effectives conservées dans son pays d'origine et à son intégration socio-professionnelle, M. C est fondé à soutenir que la décision du préfet du Nord a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant refus d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. L'annulation pour excès de pouvoir d'une mesure d'éloignement, quel que soit le motif de cette annulation, n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour mais impose seulement au préfet de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et de se prononcer sur son droit à un titre de séjour. Dès lors, le présent jugement implique seulement que le préfet territorialement compétent statue de nouveau sur la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. Il n'y a pas lieu d'assortir, à ce stade, cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. La présente instance n'ayant pas entrainé de dépens, les conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens doivent être rejetées.

8. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 27 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent, de statuer de nouveau sur le cas de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le magistrat désigné,

F. Ho Si Fat

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de police et au préfet du Nord chacun en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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