mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405488 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mars 2024 et le 6 mai 2024, M. D A Mpong24, représenté par Me Renard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois et l'a signalé au système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'effacer son signalement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente,
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation administrative,
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier la décision du 12 janvier 2024 et que celle-ci porte atteinte à son droit acquis au renouvellement de son titre et à la régularité de son séjour,
- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision refusant un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation administrative,
- est entachée d'une erreur de fait dans la mesure où il dispose d'une adresse stable et permanente ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation administrative,
- est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pertuy,
- et les observations de Me Renard, représentant M. A E.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant camerounais né le 2 juillet 2001, est entré en France au cours de l'année 2022 pour suivre des études et a bénéficié de la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 12 octobre 2023. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. M. A E demande l'annulation de l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois et l'a signalé au système d'information Schengen.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°75-2023-12-28-00010, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit, en conséquence, être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A E, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et de la décision fixant le pays de destination qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
4.En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A E. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, d'une part, le moyen tiré d'une atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. D'autre part, à supposer l'arrêté pris également en application du pouvoir de régularisation du préfet, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales proscrit que soit portée une atteinte disproportionnée au droit de toute personne au respect de sa vie privée et familiale.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A E est né le 2 juillet 2001 au Cameroun, et y a résidé jusqu'à son entrée en France en 2022, soit jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. Il n'est pas contesté qu'il est célibataire et sans charge de famille en France et n'est pas dépourvu de famille au Cameroun. Le requérant n'établit pas davantage avoir noué sur le territoire français des liens d'une intensité telle que la décision portât une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il se prévaut enfin d'une activité professionnelle exercée en France en qualité d'apprenti depuis juin 2023. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise.
7. En deuxième lieu, si M. A E soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier la décision du 12 janvier 2024 et que celle-ci porte ainsi atteinte à son droit acquis au renouvellement de son titre et à la régularité de son séjour. Pour autant, d'une part, les conditions de notification de la décision du 12 janvier 2024 sont sans incidence sur la légalité de cette décision, d'autre part il était loisible à M. A E de contester la décision du 12 janvier 2024, dès lors que si la notification n'était pas régulièrement intervenue, le délai de recours n'était pas clos.
8. En troisième lieu, le fait que M. A E présente des garanties de représentation suffisantes est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français en litige.
9. Il résulte de ce qui précède que le préfet de police n'a pas, en dernier lieu, entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de retour :
10. Aux termes de l'article L. 612-2 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
11. D'une part, l'arrêté en litige énonce que M. A E ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. A E réside au 2 avenue Yves Brunaud à Toulouse, adresse connue des services préfectoraux et d'ailleurs indiquée sur son titre de séjour valable du 13 octobre 2022 au 12 octobre 2023.
12. D'autre part, à supposer le préfet de police demandeur d'une substitution de motifs, la menace à l'ordre public dont il se prévaut n'est pas suffisamment documentée pour être regardée comme établie et, dès lors que la notification de la décision du 12 janvier 2024 n'est pas démontrée, M. A E ne peut pas davantage être regardé comme s'étant soustrait à une précédente mesure d'éloignement dont il n'a pas eu connaissance.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A E est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui octroyer un délai de départ.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
15. Dès lors que pour les motifs exposés aux point précédents, le préfet de police aurait dû octroyer un délai de départ à M. A E, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, entachée d'une erreur d'appréciation, doit être accueilli.
16. Il résulte de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, cependant qu'il est fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans le même arrêté, par lesquelles le préfet de police a refusé de lui octroyer le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français et, par voie de conséquence, l'a signalé au système d'information Schengen.
Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :
17. Eu égard à l'étendue et au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet de police procède à l'effacement du signalement de M. A E dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A E au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions contenues dans l'arrêté du 5 mars 2024 par lesquelles le préfet de police a refusé de lui octroyer le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français et, par voie de conséquence, l'a signalé au système d'information Schengen, sont annulées.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A E et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
M. Pertuy, premier conseiller,
M. Amadori, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
.
Le rapporteur,
I. PERTUY
Le président,
B. BACHOFFER La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2405488/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026