jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406766 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MIAMONECKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2024, M. B, représenté par Me Miamonecka, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui remettre immédiatement son passeport, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire :
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste appréciation dès lors qu'il disposait d'un visa en cours de validité, qu'il a expliqué le motif de son voyage, qu'il justifiait de 2 300 euros et qu'il présentait des garanties de représentation ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu le principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prononcée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée,
- les observations de Me Miamonecka, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais, né le 15 mai 1984, est arrivé à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle le 15 mars 2024 en provenance de Brazzaville, muni d'un passeport et d'un visa, où il a fait l'objet d'un refus d'entrée pour défaut de viatique suffisant ainsi que d'un placement en zone d'attente. M. B a refusé de se présenter à l'embarquement pour un vol à destination de Brazzaville les 17, 20 et 22 mars 2024. L'intéressé est entré sur le territoire français le 22 mars 2024 et a immédiatement été placé en garde à vue. Par deux arrêtés du 22 mars 2024, le préfet de police a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de douze mois. Le requérant demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans l'arrêté du 22 mars 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01464 du 29 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme A, attachée d'administration de l'État, directement placée sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossiers que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions mentionnent les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles sont fondées. Elles visent notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement légal. Elles indiquent que M. B ne s'est pas conformé aux stipulations du code frontières Schengen dès lors qu'il ne remplit pas les conditions de viatique et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il se déclare en concubinage avec un enfant à charge, sa famille résidant au Congo. Par ailleurs, l'arrêté indique qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, ce dernier ne présentant pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Enfin, les décisions mentionnent que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de police n'a pas entaché son arrêté d'un défaut de motivation.
5. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doit, dès lors, être écarté.
6. En quatrième lieu, M. B fait valoir que le préfet de police a effectué une appréciation manifestement erronée de sa situation dès lors qu'il justifiait d'un visa en cours de validité, de motifs de voyage, de 2 300 euros et disposait d'une réservation d'hôtel couvrant l'intégralité de son séjour. Toutefois, il est constant que son placement en zone d'attente n'est pas justifié par l'absence de visa en cours de validité mais par l'absence de viatique suffisant. S'il indique avoir en sa possession 2 300 euros, il n'établit pas qu'il disposait de cette somme au moment de son refus d'entrée sur le territoire français. Par ailleurs, s'il soutient qu'il disposait d'une réservation d'hôtel couvrant l'intégralité de son séjour, il ressort des pièces du dossier que son billet retour était prévu le 2 avril 2024 alors que sa réservation d'hôtel ne couvrait qu'une période de six nuits, du 14 au 20 mars 2024, et qu'il disposait d'une assurance voyage valable jusqu'au 25 mars 2024. Dans ces conditions, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de police n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que
M. B a été entendu par les services de police le 22 mars 2024 et qu'il a été mis à même de présenter, à cette occasion, de manière utile et effective, ses observations sur les conditions de son séjour, sur sa situation personnelle et familiale, sur sa situation administrative, sur ses moyens de subsistance et viatique et sur la perspective d'un éloignement éventuel. Par suite, le moyen invoqué tiré du non-respect de la procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision d'interdiction de retour, distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être motivée. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
10. La mesure d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée se fonde sur la courte durée de présence ainsi que l'absence d'intégration en France de M. B, et sur la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le préfet de police a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant.
11. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. B n'établit pas avoir des liens d'une particulière intensité sur le territoire national dès lors qu'il déclare vivre en concubinage au Congo avec un enfant en charge et que sa famille y réside aussi. Dans ces conditions, nonobstant, l'absence de comportement troublant l'ordre public et de précédentes mesures d'éloignement, et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de de police a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, prendre à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet de police et à Me Miamonecka.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juin 2024.
La magistrate désignée,
A. Perrin Le greffier,
G. Millet
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406766/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024