Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407068
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | THEOBALD |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars 2024 et 8 janvier 2025, la société à responsabilité limitée (SARL) JMN IMMOBILIER, représentée par Me Théobald, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 février 2024 par lequel la maire de Paris s’est opposée à sa déclaration préalable, enregistrée sous le n° DP 075 105 24 V0003, portant sur la modification de la devanture d’un local situé 40 rue Broca et 2 à 2 ter rue des Lyonnais dans le 5ème arrondissement de Paris ;
2°) d’enjoindre à la maire de Paris de délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’exception de non-lieu à statuer n’est pas fondée dès lors la décision tacite de non-opposition aux travaux née en cours d’instance porte sur un projet différent du projet initial ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit dès lors que le motif tenant au choix du matériau de façade ne tient pas compte de l’ensemble de l’environnement urbain du projet ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions du 2e alinéa du I de l’article UG 11 du règlement du plan local d’urbanisme de la Ville de Paris.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, la Ville de Paris conclut au non-lieu à statuer sur la requête de la SARL JMN IMMOBILIER.
Elle soutient que la requête a perdu son objet dès lors que la société requérante a déposé une nouvelle déclaration préalable portant sur les mêmes travaux le 12 juillet 2024 qui a fait l’objet d’une décision de non-opposition tacite le 12 septembre 2024, confirmée le 25 septembre 2024 par un certificat de non-opposition.
Par une ordonnance du 10 février 2026, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 mars 2026 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public,
- et les observations de Me Théobald, représentant la SARL JMN IMMOBILIER.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 janvier 2024, la SARL JMN IMMOBILIER a déposé une déclaration préalable en vue de la modification de la devanture d’une construction existante, en l’occurrence d’un local à usage d’hébergement hôtelier à rez-de-chaussée et sur un niveau de sous-sol sur rue situé à l’angle de la rue des Lyonnais et de la rue Broca dans le 5ème arrondissement de Paris, au niveau du 40 rue Broca et des n° 2 à 2 ter de la rue des Lyonnais. Par un arrêté du 22 février 2024, la maire de Paris s’est opposée à l’exécution des travaux. Par la présente requête, la SARL JMN IMMOBILIER demande l’annulation de cette décision.
Sur l’exception de non-lieu à statuer :
2. Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’annulation d’une décision ayant rejeté une demande d’autorisation d’urbanisme lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l’autorité administrative a délivré l’autorisation sollicitée. Le recours contre la décision de refus conserve, en revanche, un objet lorsque l’autorisation finalement accordée ne peut être regardée comme équivalant à l’autorisation initialement sollicitée et refusée, en raison notamment des modifications que le pétitionnaire a apportées à sa demande pour tenir compte des motifs du refus qui lui a été initialement opposé.
3. Il est constant que, postérieurement à l’introduction de sa requête, la SARL JMN IMMOBILIER a déposé une nouvelle déclaration préalable portant sur le projet de rénovation des façades du même local qui a fait l’objet d’une décision de non-opposition tacite le 12 septembre 2024, confirmée par un certificat de non-opposition du 25 septembre 2024. Toutefois, il ressort des pièces versées au dossier que la société requérante a modifié sa demande initiale pour tenir compte des motifs du refus en prévoyant l’abaissement du soubassement de la façade de la rue des Lyonnais de 27 centimètres et de 30 centimètres pour celle de la rue Broca, dont la hauteur initiale avait été jugée excessive par la décision attaquée. Compte tenu de l’objet même des travaux litigieux, qui portaient sur le remplacement des façades vitrées existantes par des façades en métal laqué comportant un soubassement, des nouvelles fenêtres et une porte vitrée, ainsi que du coût financier induit, selon les déclarations non contestées de la SARL JMN IMMOBILIER, par l’extension de la surface vitrée liée à l’abaissement du soubassement des façades, la décision de non-opposition intervenue en cours d’instance n’est pas équivalente à celle qui avait été initialement sollicitée. Par suite, l’exception de non-lieu à statuer doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
4. Aux termes du point UG.11.1, intitulé « Dispositions générales », de l’article UG.11 du règlement du plan local d’urbanisme de la Ville de Paris : « Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l’installation ou l’ouvrage, par sa situation, son aspect, son rythme ou sa coloration est de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. (...) ». En outre, aux termes du 2° du point UG.11.1.4 relatif au traitement des devantures en façade sur les espaces publics : « Les devantures, qui participent de façon très importante à l’animation commerciale et visuelle de la ville, doivent s’intégrer de la façon la plus harmonieuse possible au cadre bâti et à son patrimoine. (...) Les matériaux et couleurs des devantures proposées doivent être en accord avec l’architecture du bâtiment qui les supporte (...) ».
5. Les dispositions de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la Ville de Paris. Eu égard à la teneur de ces dispositions, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
6. Il ressort des pièces du dossier que, pour s’opposer à la déclaration préalable déposée par la SARL JMN IMMOBILIER pour les travaux portant sur la devanture du local à usage d’hébergement hôtelier qu’elle exploite, la maire de Paris a estimé que le projet, par sa situation, son volume, son aspect et sa coloration, était de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants et aux sites au sens de l’article UG 11.1 du règlement du plan local d’urbanisme dès lors, d’une part, que la devanture projetée en métal laqué n’était pas adaptée par rapport à l’immeuble, d’autre part, que la hauteur du soubassement était excessive, en méconnaissance du 2° du point UG 11.1.4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux conserve une large partie des façades en pierre existantes qu’il prévoit de rénover et intègre, autour des ouvertures vitrées qu’il prévoit d’installer, des façades en métal laqué gris. La Ville de Paris, qui n’a pas présenté d’observations sur le fond du litige, n’apporte aucun élément permettant d’expliquer en quoi les parties des façades en métal laqué gris, dont la teinte a au demeurant été suggérée par l’architecte des Bâtiments de France, ne seraient pas en accord avec l’architecture du bâtiment en cause au sens du 2°) du point UG.11.1.4. De même, la Ville de Paris n’apporte aucun élément permettant d’expliquer en quoi la hauteur du soubassement de 1,30 mètre initialement retenue ne s’intègrerait pas au cadre bâti au sens des mêmes dispositions alors que la société requérante expose que cette hauteur correspond à celle de l’allège de la fenêtre, laquelle est implantée sur le même plan que les autres fenêtres de la façade, compte tenu de la pente de la rue des Lyonnais. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le local en litige se situe à l’angle de la rue des Lyonnais et de la rue Broca. Or si les immeubles de la rue des Lyonnais proches de l’immeuble en litige présentent une certaine unité architecturale, s’agissant de bâtiments anciens dotés de façade en pierre, il n’en va pas de même de ceux de la rue Broca, laquelle comporte plusieurs immeubles d’époque, de taille, d’aspect et de coloration variés, y compris des façades vitrées et des portes de parking en métal peint. Dans ces conditions, compte tenu de l’hétérogénéité des bâtiments à proximité immédiate du local en cause ainsi que de l’usage du métal et du verre comme matériaux de façade des immeubles avoisinants, la SARL JMN IMMOBILIER est fondée à soutenir que la maire de Paris a commis une erreur d’appréciation en estimant que les travaux projetés étaient de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants et aux sites, au sens du point UG.11.1 du règlement du plan local d’urbanisme.
7. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, l’autre moyen invoqué n’est pas, en l’état du dossier, de nature à justifier l’annulation de la décision en litige.
8. Il résulte de ce qui précède que la SARL JMN IMMOBILIER est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 22 février 2024 par lequel la maire de Paris s’est opposée à sa déclaration préalable.
Sur l’injonction :
9. D’une part, lorsque le juge annule un refus d'autorisation d’urbanisme, y compris une opposition à une déclaration, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l’article L 600-2 du code de l’urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l’accueillir pour un motif que l’administration n’a pas relevé, soit que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
10. D’autre part, lorsqu’une juridiction, à la suite de l’annulation d’un refus opposé à une demande d’autorisation d’occuper ou d’utiliser le sol, fait droit à des conclusions aux fins d’injonction sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, ces conclusions du requérant doivent être regardées comme confirmant sa demande initiale. Par suite, la condition posée par l’article L. 600-2 du code de l’urbanisme imposant que la demande ou la déclaration soit confirmée dans les six mois suivant la notification de l’annulation au pétitionnaire doit être regardée comme remplie lorsque la juridiction enjoint à l’autorité administrative de délivrer l’autorisation d’urbanisme sollicitée.
11. En l’espèce, il ne résulte pas de l’instruction que les dispositions applicables à la date de la décision annulée impliqueraient de faire opposition à la déclaration de travaux déposée le 3 janvier 2024 pour un motif que l'administration n'a pas relevé. En outre, il ne résulte pas de l’instruction qu’en raison d’un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du présent jugement ferait obstacle à ce que le projet en litige soit autorisé. En particulier, si la société requérante a obtenu une déclaration de non-opposition le 12 septembre 2024, ainsi qu’il a été dit au point 3 du présent jugement, cette décision de non-opposition ne peut être regardée comme équivalente à celle initialement sollicitée et refusée. Par suite, le présent jugement, qui censure l’unique motif d’opposition à la déclaration préalable de la SARL JMN IMMOBILIER, implique nécessairement que le maire de Paris prenne une décision de non-opposition. Il y a ainsi lieu d’enjoindre au maire de Paris d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 22 février 2024 par lequel la maire de Paris s’est opposée à la déclaration préalable de la SARL JMN IMMOBILIER est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Paris de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SARL JMN IMMOBILIER le 3 janvier 2024 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La Ville de Paris versera une somme de 1 800 euros à la SARL JMN IMMOBILIER sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL JMN IMMOBILIER et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
E. Armoët
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars 2024 et 8 janvier 2025, la société à responsabilité limitée (SARL) JMN IMMOBILIER, représentée par Me Théobald, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 février 2024 par lequel la maire de Paris s’est opposée à sa déclaration préalable, enregistrée sous le n° DP 075 105 24 V0003, portant sur la modification de la devanture d’un local situé 40 rue Broca et 2 à 2 ter rue des Lyonnais dans le 5ème arrondissement de Paris ;
2°) d’enjoindre à la maire de Paris de délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’exception de non-lieu à statuer n’est pas fondée dès lors la décision tacite de non-opposition aux travaux née en cours d’instance porte sur un projet différent du projet initial ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit dès lors que le motif tenant au choix du matériau de façade ne tient pas compte de l’ensemble de l’environnement urbain du projet ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions du 2e alinéa du I de l’article UG 11 du règlement du plan local d’urbanisme de la Ville de Paris.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, la Ville de Paris conclut au non-lieu à statuer sur la requête de la SARL JMN IMMOBILIER.
Elle soutient que la requête a perdu son objet dès lors que la société requérante a déposé une nouvelle déclaration préalable portant sur les mêmes travaux le 12 juillet 2024 qui a fait l’objet d’une décision de non-opposition tacite le 12 septembre 2024, confirmée le 25 septembre 2024 par un certificat de non-opposition.
Par une ordonnance du 10 février 2026, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 mars 2026 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public,
- et les observations de Me Théobald, représentant la SARL JMN IMMOBILIER.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 janvier 2024, la SARL JMN IMMOBILIER a déposé une déclaration préalable en vue de la modification de la devanture d’une construction existante, en l’occurrence d’un local à usage d’hébergement hôtelier à rez-de-chaussée et sur un niveau de sous-sol sur rue situé à l’angle de la rue des Lyonnais et de la rue Broca dans le 5ème arrondissement de Paris, au niveau du 40 rue Broca et des n° 2 à 2 ter de la rue des Lyonnais. Par un arrêté du 22 février 2024, la maire de Paris s’est opposée à l’exécution des travaux. Par la présente requête, la SARL JMN IMMOBILIER demande l’annulation de cette décision.
Sur l’exception de non-lieu à statuer :
2. Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’annulation d’une décision ayant rejeté une demande d’autorisation d’urbanisme lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l’autorité administrative a délivré l’autorisation sollicitée. Le recours contre la décision de refus conserve, en revanche, un objet lorsque l’autorisation finalement accordée ne peut être regardée comme équivalant à l’autorisation initialement sollicitée et refusée, en raison notamment des modifications que le pétitionnaire a apportées à sa demande pour tenir compte des motifs du refus qui lui a été initialement opposé.
3. Il est constant que, postérieurement à l’introduction de sa requête, la SARL JMN IMMOBILIER a déposé une nouvelle déclaration préalable portant sur le projet de rénovation des façades du même local qui a fait l’objet d’une décision de non-opposition tacite le 12 septembre 2024, confirmée par un certificat de non-opposition du 25 septembre 2024. Toutefois, il ressort des pièces versées au dossier que la société requérante a modifié sa demande initiale pour tenir compte des motifs du refus en prévoyant l’abaissement du soubassement de la façade de la rue des Lyonnais de 27 centimètres et de 30 centimètres pour celle de la rue Broca, dont la hauteur initiale avait été jugée excessive par la décision attaquée. Compte tenu de l’objet même des travaux litigieux, qui portaient sur le remplacement des façades vitrées existantes par des façades en métal laqué comportant un soubassement, des nouvelles fenêtres et une porte vitrée, ainsi que du coût financier induit, selon les déclarations non contestées de la SARL JMN IMMOBILIER, par l’extension de la surface vitrée liée à l’abaissement du soubassement des façades, la décision de non-opposition intervenue en cours d’instance n’est pas équivalente à celle qui avait été initialement sollicitée. Par suite, l’exception de non-lieu à statuer doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
4. Aux termes du point UG.11.1, intitulé « Dispositions générales », de l’article UG.11 du règlement du plan local d’urbanisme de la Ville de Paris : « Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l’installation ou l’ouvrage, par sa situation, son aspect, son rythme ou sa coloration est de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. (...) ». En outre, aux termes du 2° du point UG.11.1.4 relatif au traitement des devantures en façade sur les espaces publics : « Les devantures, qui participent de façon très importante à l’animation commerciale et visuelle de la ville, doivent s’intégrer de la façon la plus harmonieuse possible au cadre bâti et à son patrimoine. (...) Les matériaux et couleurs des devantures proposées doivent être en accord avec l’architecture du bâtiment qui les supporte (...) ».
5. Les dispositions de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la Ville de Paris. Eu égard à la teneur de ces dispositions, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
6. Il ressort des pièces du dossier que, pour s’opposer à la déclaration préalable déposée par la SARL JMN IMMOBILIER pour les travaux portant sur la devanture du local à usage d’hébergement hôtelier qu’elle exploite, la maire de Paris a estimé que le projet, par sa situation, son volume, son aspect et sa coloration, était de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants et aux sites au sens de l’article UG 11.1 du règlement du plan local d’urbanisme dès lors, d’une part, que la devanture projetée en métal laqué n’était pas adaptée par rapport à l’immeuble, d’autre part, que la hauteur du soubassement était excessive, en méconnaissance du 2° du point UG 11.1.4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux conserve une large partie des façades en pierre existantes qu’il prévoit de rénover et intègre, autour des ouvertures vitrées qu’il prévoit d’installer, des façades en métal laqué gris. La Ville de Paris, qui n’a pas présenté d’observations sur le fond du litige, n’apporte aucun élément permettant d’expliquer en quoi les parties des façades en métal laqué gris, dont la teinte a au demeurant été suggérée par l’architecte des Bâtiments de France, ne seraient pas en accord avec l’architecture du bâtiment en cause au sens du 2°) du point UG.11.1.4. De même, la Ville de Paris n’apporte aucun élément permettant d’expliquer en quoi la hauteur du soubassement de 1,30 mètre initialement retenue ne s’intègrerait pas au cadre bâti au sens des mêmes dispositions alors que la société requérante expose que cette hauteur correspond à celle de l’allège de la fenêtre, laquelle est implantée sur le même plan que les autres fenêtres de la façade, compte tenu de la pente de la rue des Lyonnais. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le local en litige se situe à l’angle de la rue des Lyonnais et de la rue Broca. Or si les immeubles de la rue des Lyonnais proches de l’immeuble en litige présentent une certaine unité architecturale, s’agissant de bâtiments anciens dotés de façade en pierre, il n’en va pas de même de ceux de la rue Broca, laquelle comporte plusieurs immeubles d’époque, de taille, d’aspect et de coloration variés, y compris des façades vitrées et des portes de parking en métal peint. Dans ces conditions, compte tenu de l’hétérogénéité des bâtiments à proximité immédiate du local en cause ainsi que de l’usage du métal et du verre comme matériaux de façade des immeubles avoisinants, la SARL JMN IMMOBILIER est fondée à soutenir que la maire de Paris a commis une erreur d’appréciation en estimant que les travaux projetés étaient de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants et aux sites, au sens du point UG.11.1 du règlement du plan local d’urbanisme.
7. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, l’autre moyen invoqué n’est pas, en l’état du dossier, de nature à justifier l’annulation de la décision en litige.
8. Il résulte de ce qui précède que la SARL JMN IMMOBILIER est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 22 février 2024 par lequel la maire de Paris s’est opposée à sa déclaration préalable.
Sur l’injonction :
9. D’une part, lorsque le juge annule un refus d'autorisation d’urbanisme, y compris une opposition à une déclaration, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l’article L 600-2 du code de l’urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l’accueillir pour un motif que l’administration n’a pas relevé, soit que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
10. D’autre part, lorsqu’une juridiction, à la suite de l’annulation d’un refus opposé à une demande d’autorisation d’occuper ou d’utiliser le sol, fait droit à des conclusions aux fins d’injonction sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, ces conclusions du requérant doivent être regardées comme confirmant sa demande initiale. Par suite, la condition posée par l’article L. 600-2 du code de l’urbanisme imposant que la demande ou la déclaration soit confirmée dans les six mois suivant la notification de l’annulation au pétitionnaire doit être regardée comme remplie lorsque la juridiction enjoint à l’autorité administrative de délivrer l’autorisation d’urbanisme sollicitée.
11. En l’espèce, il ne résulte pas de l’instruction que les dispositions applicables à la date de la décision annulée impliqueraient de faire opposition à la déclaration de travaux déposée le 3 janvier 2024 pour un motif que l'administration n'a pas relevé. En outre, il ne résulte pas de l’instruction qu’en raison d’un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du présent jugement ferait obstacle à ce que le projet en litige soit autorisé. En particulier, si la société requérante a obtenu une déclaration de non-opposition le 12 septembre 2024, ainsi qu’il a été dit au point 3 du présent jugement, cette décision de non-opposition ne peut être regardée comme équivalente à celle initialement sollicitée et refusée. Par suite, le présent jugement, qui censure l’unique motif d’opposition à la déclaration préalable de la SARL JMN IMMOBILIER, implique nécessairement que le maire de Paris prenne une décision de non-opposition. Il y a ainsi lieu d’enjoindre au maire de Paris d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 22 février 2024 par lequel la maire de Paris s’est opposée à la déclaration préalable de la SARL JMN IMMOBILIER est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Paris de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SARL JMN IMMOBILIER le 3 janvier 2024 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La Ville de Paris versera une somme de 1 800 euros à la SARL JMN IMMOBILIER sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL JMN IMMOBILIER et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
E. Armoët
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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