mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407157 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mars et 27 mai 2024, M. B, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024, par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de lui remettre son passeport dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :
- les décisions sont entachées d'une incompétence de son auteur ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
S'agissant de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en compétence liée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie de solides garanties de représentation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu l'arrêté attaqué ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Maillard, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. ;
- le préfet de la Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né le 8 avril 1991, demande l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-26-09-2023 du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. La circonstance que le nom de la signataire de l'arrêté attaqué soit difficilement lisible n'est pas de nature à l'entacher d'irrégularité dans la mesure où son auteur est parfaitement identifiable par son prénom et ses fonctions. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné le
26 mars 2024 par un officier de police judiciaire. En outre, le procès-verbal de police du 26 mars 2024, indique que M. B a eu la possibilité de s'exprimer avant la prise des décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de la violation de son droit d'être informé et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure litigieuse et du principe du contradictoire doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
5. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise notamment que M. B se maintient irrégulièrement en France depuis le 14 septembre 2019, et qu'il a fait l'objet d'un refus et d'une obligation de quitter le territoire français le 8 juin 2022, mesure à laquelle il n'a pas déféré. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. B.
7. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour l'obliger à quitter le territoire français.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. M. B soutient être arrivé en France le 18 avril 2019 muni d'un visa Schengen de type C, valable jusqu'au 14 mai 2019, avec son épouse et leur fils A, né le 29 novembre 2017, que sa fille y est née le 17 juin 2020 et qu'il a le centre de ses intérêts personnels en France. Toutefois, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté et des conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par la mesure ni, pour les mêmes motifs, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
11. Il ressort des pièces du dossier que le fils de M. B, A, né le 29 novembre 2017, souffre d'une maladie génétique rare, le syndrome de Bardet Biedl, qui peut entraîner, à terme, une rétinite pigmentaire aboutissant à une malvoyance sévère à l'âge adulte, des troubles endocriniens à l'origine d'une obésité difficile à contrôler, une pathologie rénale progressive pouvant conduire à une dialyse à l'âge adulte et une déficience intellectuelle et des troubles des apprentissages. Il ressort également des pièces du dossier que, depuis son arrivée en France en avril 2019, l'enfant a été pris en charge par une équipe médicale pluridisciplinaire, comprenant une prise charge en endocrinologie, en néphrologie pédiatrique, en orthophonie et en ophtalmologie, réalisée tous les six mois. Si M. B soutient que son fils ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays, il ne l'établit pas par les pièces versées au dossier, notamment les documents d'information générale produits sur la prise en charge du handicap au Maroc. Par ailleurs, le certificat médical du docteur E, chef du service de génétique clinique au sein de l'hôpital Robert Debré à Paris, daté du 7 mai 2024, au demeurant postérieur à l'édiction de l'arrêté attaqué, indiquant que les infrastructures et les équipes nécessaires à la prise en charge des patients atteints de la maladie de Bardet Biedl ne sont pas disponibles au Maroc, ne suffit pas à établir l'indisponibilité de la prise en charge pour ce type de patient dans le pays d'origine de M. B. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que le fils de M. B, qui souffre également d'un retard psychomoteur global en raison de sa maladie, est scolarisé en France et bénéficie, dans ce cadre, d'un accompagnement social et paramédical spécifique, les pièces produites ne permettent pas d'établir qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé au Maroc compte tenu de son âge et de son handicap. Enfin, compte tenu de la situation administrative du requérant et de celle de son épouse, la circonstance que leur fille soit née en France le 17 juin 2020 n'est pas non plus de nature à caractériser une violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation des stipulations citées au point 10 du présent jugement doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
14. Si M. B fait valoir que le préfet ne caractérise nullement un risque de soustraction à la décision d'éloignement et qu'il justifie de solides garanties de représentation, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est entré en France muni d'un visa touristique et s'y maintient depuis lors en situation irrégulière et qu'il ne peut se prévaloir d'une résidence stable et effective en France dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il est logé avec sa famille, à l'hôtel, par le dispositif social. En outre, il est constant qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement édictée par le préfet de police le 8 juin 2022. Dans ces circonstances, le préfet de la Seine-et-Marne a pu, sur ces motifs, regarder comme établi, au regard des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que l'intéressé se soustrait à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de police n'a pas commis d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation des garanties de représentation du requérant.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
15. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
18. Contrairement à ce que prétend M. B, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l'article L.612-10, que le préfet de la Seine-et-Marne a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. Le préfet a ensuite indiqué que M. B séjourne en France depuis le 14 septembre 2019, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire pris à son encontre par le préfet de police de Paris le 8 juin 2022, mesure à laquelle il n'a pas déféré et qu'il ne justifie pas de circonstance humanitaire particulière. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être écartés.
19. En troisième lieu, eu égard aux circonstances indiquées plus haut, M. B ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par suite, le préfet de la Seine-et-Marne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par la mesure ni, pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
21. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés au point 11 du présent jugement.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet de la Seine-et-Marne et à Me Maillard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024
La magistrate désignée,
A. Perrin
Le greffier,
G. Millet
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2407157/84
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024