mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407212 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | TURHALLI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 28 mars 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. A, enregistrée le 29 mars 2024.
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. A, représenté par Me Turhalli, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté 23 février 2024 par lequel par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination
et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles portent atteinte au respect des droits de la défense ;
- elles portent une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine indique que la requête de M. A n'appelle aucune observation particulière de sa part.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Perrin a lu son rapport.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc, né le 15 novembre 1994, a demandé l'asile en France. Sa demande a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 septembre 2022 puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 mai 2023, et ses demandes de réexamen ont également été rejetées. Par un arrêté du 23 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, attaché adjoint au chef du bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 2024-17 du 8 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le même jour, d'une délégation à l'effet de signer les décisions de refus de délivrance d'attestations de demande d'asile, ainsi que les décisions portant obligation de quitter le territoire français relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de fait qui les fondent, à savoir le fait que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté sa demande d'asile par des décisions du 29 septembre 2022 et du 16 mai 2023, et que M. A ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Elle comporte également des éléments propres à la situation de l'intéressé, notamment qu'il déclare être célibataire et avec un enfant à charge et ne justifie pas participer à l'entretien, ni à l'éducation de son enfant. Si elle ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet de comprendre les motifs de la décision qui lui est opposée. Elle est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.
5. En troisième lieu, si M. A soutient que le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense, il ne conteste toutefois pas qu'il a été entendu par l'OFPRA et par la CNDA dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et pouvait faire valoir à tout moment auprès de la préfecture les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle. L'intéressé n'allègue ni n'établit qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soient prises les mesures litigieuses. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'était pas tenu d'inviter le requérant à formuler des observations avant l'édiction de ces mesures, ne l'a pas privé de son droit à être entendu.
6. En quatrième lieu, si M. A soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bienfondé. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être rejetés.
7. En cinquième et dernier lieu, M. A fait valoir que les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale. Il soutient qu'il est entré en France le 15 avril 2022 pour fuir les persécutions qu'il subissait en Turquie en raison de ses opinions et activités politiques en faveur de la cause kurde. En outre, il se déclare célibataire, sans enfant à charge. Toutefois, le requérant n'apporte aucun autre élément de nature à établir la réalité de la durée de sa présence en France, de ses conditions de vie, ni l'existence d'attaches d'ordres personnel et professionnel. Par suite, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen doit donc être rejeté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à M. A.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. D A, au préfet des Hauts-de-Seine et à
Me Turhalli.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La magistrate désignée,
A. Perrin
Le greffier,
G. Millet
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2407212/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024