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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407433

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407433

mercredi 11 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407433
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BDGS ASSOCIES (ARPI)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. et Mme A... qui contestaient l'imposition d'une somme de 175 000 € perçue en 2018 comme une recette professionnelle imposable. La juridiction a jugé que cette somme, qualifiée d'« indemnité pour la perte de clientèle » dans le protocole transactionnel, constituait bien une recette taxable dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au sens de l'article 93 du code général des impôts, et non une simple cession de droit au bail générant une plus-value professionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 2 avril 2024, M. B... A... et Mme C... A..., représentés par Me Jolly et Me Champeau, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l’année 2018 ;

2°) de condamner l’Etat à leur verser les intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

M. et Mme A... soutiennent que :
-
la somme de 175 000 euros que leur a versée la société Bucinvest correspond à la cession du droit au bail sur les locaux occupés par leur cabinet et non à une indemnité d’éviction taxable sur le fondement de l’article 93 du code général des impôts ;
-
cette somme, qui correspond à la cession d’un élément d’actif, doit être taxée dans la catégorie des plus-value professionnelles à hauteur d’un montant de 7 306 euros environ.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, l’administrateur de l’Etat en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
-
un dégrèvement de 415 euros a été accordé aux requérants en cours d’instance ;
-
aucun moyen de la requête n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
-
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de Mme Dousset,
-
les conclusions de M. Lenoir, rapporteur public,
-
et les observations de Me Champeau représentant M.et Mme A....



Considérant ce qui suit :

M. A... a acquis, le 26 septembre 1985, le droit au bail d’un appartement situé 29 rue de Buci à Paris, afin d’y installer son cabinet de chirurgien-dentiste, auprès du chirurgien-dentiste qui louait précédemment les lieux. Le 31 mai 1991, M. A... a renouvelé ce bail auprès de son propriétaire pour une durée de six ans à effet au 1er juillet 1991 puis pour une nouvelle durée de six ans par un contrat du 21 février 1997 à effet au 1er juillet 1997. Un bail mixte d’une durée de six ans a été ensuite conclu le 30 novembre 2002 à effet au 1er juillet 2003. Ce bail a été renouvelé tacitement le 30 juin 2009 pour une durée de six ans. L’immeuble a été acquis par la société Bucinvest le 5 juin 2013 et cette société a donné congé à M. et Mme A... le 30 décembre 2014 à effet au 30 juin 2015. Par un jugement du 3 mai 2016, le tribunal d’instance du 6ème arrondissement de Paris a annulé le congé délivré par la société Bucinvest et a renouvelé le bail à effet au 1er juillet 2015 pour six années supplémentaires. La société Bucinvest a fait appel de ce jugement Toutefois, les parties ont signé un protocole transactionnel le 28 juin 2018, qui prévoyait notamment le versement par la société d’une somme de 175 000 euros à M. et Mme A.... Après avoir procédé à une vérification de comptabilité de la société Bucinvest, le service a diligenté un contrôle sur pièces des déclarations de M. et Mme A... et, par une proposition de rectification du 10 décembre 2020, leur a notifié des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2018, estimant que la somme de 175 000 euros constituait une recette professionnelle au sens du 1 de l’article 93 taxable dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. M.et Mme A... demandent la décharge, en droits et intérêts, des impositions auxquelles ils ont ainsi été assujettis.
Sur l’étendue du litige :
Par une décision du 2 octobre 2024, postérieure à l’enregistrement de la requête, l’administration fiscale a accordé à M. et Mme A... un dégrèvement de 415 euros. Les conclusions de la requête sont devenues sans objet à cette hauteur et il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Aux termes de l’article 93 du code général des impôts : « 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l’impôt sur le revenu est constitué par l’excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l’exercice de la profession. Sous réserve des dispositions de l’article 151 sexies, il tient compte des gains ou des pertes provenant soit de la réalisation des éléments d’actif affectés à l’exercice de la profession, soit des cessions de charges ou d’offices, ainsi que de toutes indemnités reçues en contrepartie de la cessation de l’exercice de la profession ou du transfert d’une clientèle. (…) ».
Il résulte de l’instruction que le service a estimé que la somme de 175 000 euros versée par la société Bucinvest à M. et Mme A... en application du protocole transactionnel du 28 juin 2018 constituait une recette professionnelle au sens du 1 de l’article 93 du code général des impôts et qu’elle devait être retenue dans la détermination de leur bénéfice imposable de l’année 2018. M. et Mme A... soutiennent que la somme litigieuse correspond à la cession du droit au bail acquis par M. A... le 26 juin 1985 et que la différence entre le prix d’acquisition de ce droit de 167 694 euros et le prix de vente de 175 000 euros, soit 7 306 euros, doit être imposée dans la catégorie des plus-values professionnelles. Toutefois, il résulte de l’instruction que l’article 2 du protocole transactionnel stipule qu’en contrepartie de la rupture du contrat de location et de la restitution des lieux par M. et Mme A..., la société Bucinvest leur versera une indemnité d’un montant forfaitaire de 180 000 euros comprenant notamment une somme de 175 000 euros « à titre d’indemnité pour la perte de clientèle de M. A... » et que le versement de cette indemnité n’interviendra qu’après la libération complète des lieux. Ainsi, le protocole ne prévoit pas que la somme de 175 000 euros correspond à la cession par les requérants de leur droit au bail et cette somme ne peut donc être regardée comme compensant la perte d’un élément d’actif et comme constituant une plus-value professionnelle. Par suite, dès lors que la somme en litige vise à compenser une perte temporaire de recettes professionnelles liée au déménagement du cabinet, elle constitue elle-même une recette professionnelle au sens du 1 de l’article 93 du code général des impôts et c’est à bon droit que le service l’a imposée entre les mains de M.et Mme A... sur ce fondement.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, leurs conclusions tendant à ce que l’Etat soit condamné à leur verser les intérêts moratoires.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par M. et Mme A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, aucun dépens n’ayant été exposé au cours de l’instance, les conclusions présentées par M. et Mme A... à ce titre ne peuvent qu’être rejetées.




D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de la somme de 415 euros


Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Mme C... A... et à l’administrateur de l’Etat en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.


Délibéré après l’audience du 28 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Topin, présidente,
Mme Dousset, première conseillère,
Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.


La rapporteure,
Signé
A. DOUSSET
La présidente,
Signé
E. TOPIN



La greffière,

Signé

V. FLUET


La République mande et ordonne à la ministre de l’action et des comptes publics, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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