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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2408217

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2408217

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2408217
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantMANELPHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 18 avril 2024, M. A, représenté par Me Manelphe, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ;

3°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision à intervenir prise par le juge des enfants de B ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa edfsituation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation relative à sa minorité dès lors qu'il a déposé un recours devant le tribunal judiciaire afin de faire établir sa minorité, qu'il existe une présomption de minorité et qu'il présente des documents d'identité attestant de sa minorité ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa majorité n'étant pas établie, il ne peut pas être éloigné ;

S'agissant de la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est présent en France depuis plusieurs semaines et qu'il n'a pas causé de trouble à l'ordre public ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Perrin a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M, A, ressortissant guinéen, né le 2 avril 2008, demande l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans () ". M. A soutient qu'il est né le 2 avril 2008, et non le 2 avril 2000, comme l'a pourtant estimé le préfet de police, pour fonder sa mesure d'éloignement en litige. Cette circonstance ferait ainsi obstacle à ce que l'autorité administrative puisse légalement édicter une mesure d'obligation de quitter le territoire français à son endroit. Pour se prévaloir de sa minorité, M. A a fourni à l'appui de ses écritures un extrait d'acte de naissance du 5 mars 2024 indiquant une date de naissance au 2 avril 2008. Cette pièce administrative a été en outre confirmée par un jugement supplétif du tribunal de grande instance de Dixinn (République de Guinée), en date du 29 décembre 2023. En application des dispositions de l'article 47 du code civil, qui instaurent une présomption d'authenticité des documents dont il s'agit, en faveur de M. A, il appartient au préfet de police de renverser à l'aide de toutes pièces utiles, contradictoirement établies, la présomption de minorité y afférente.

4. Pour renverser cette présomption, le préfet de police se prévaut en défense d'un procès-verbal d'audition du 27 mars 2024 dans lequel M. A déclare spontanément être né le 2 avril 2000 et que ce dernier n'a pas fourni, lors de son audition par les services de police, de document de séjour ou d'identité permettant d'établir son âge.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a formé un recours le 19 février 2024, antérieurement à la décision attaquée, devant le tribunal pour enfants de B, afin de demande de protection d'un mineur, contre une décision de la DASES de la ville de B du 15 février 2024 ayant refusé de conclure, à l'issue d'un entretien d'évaluation réalisé le 12 février 2024, à la minorité et à l'isolement de M. A. Il a joint à ce recours, le 20 mars 2024, les actes d'état civil mentionnés au point 3. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que l'autorité administrative, qui n'a au surplus jamais saisi les autorités guinéennes d'une contestation des actes d'état civil en cause, ait pris en compte les éléments décrits ci-avant, qu'elle ne pouvait pourtant légitimement ignorer à la date du 27 mars 2024 à laquelle l'arrêté a été édicté. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces faisceaux d'indices, que c'est à tort que le préfet de police a estimé que M. A était né le 2 avril 2000, au lieu du 2 avril 2008. L'étranger ressortissant guinéen étant mineur d'âge à la date du 27 mars 2024, il suit de là que le préfet de police ne pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre, en méconnaissance des dispositions citées au point 3.

6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté du 27 mars 2024 obligeant M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination doit être annulé.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Manelphe, avocate de M. A, sous réserve pour celle-ci de renoncer à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où M. A ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 27 mars 2024 du préfet de police est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Manelphe renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Manelphe, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Manelphe et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 juin 2024.

La magistrate désignée,

A. Perrin Le greffier,

G. Millet

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408217/8

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