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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2408308

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2408308

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2408308
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, M. B A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'ordonner l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non admission ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros H T en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de départ volontaire ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en méconnaissant les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation et a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a pris une mesure disproportionnée, a commis une erreur d'appréciation et a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces ont été produites par le préfet de la Savoie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me Da Costa, représentant M. A.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 avril 2024, le préfet de la Savoie a obligé M. A à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 19 décembre 2023, régulièrement publié. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise une preuve de cette délégation, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Savoie n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. A.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré des risques de persécution en cas de retour en Afghanistan est inopérant comme en l'espèce contre la décision attaquée en tant qu'elle porte obligation de quitter le territoire. En tout état de cause, le moyen n'est pas fondé.

7. En dernier lieu, M. A ressortissant afghan né le 10 juin 1995 soutient que depuis qu'il est entré en France, il a fait la démonstration de sa volonté de s'intégrer et y a développé des attaches incontestables. Toutefois, M. A dont la requête a été présentée par un auxiliaire de justice ne précise même pas cette date d'entrée et n'apporte aucune justification aux liens invoqués. Enfin, il n'est pas contesté que M. A est célibataire, sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Afghanistan. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;

8. A l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, M. A soutient que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en méconnaissant les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ne sont pas relatives au délai de départ mais uniquement à l'interdiction de retour sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de leur violation sera lui aussi écarté comme inopérant. Il en va de même pour l'argumentation tirée du caractère disproportionnée de l'interdiction de retour tout aussi inopérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, et comme il a été dit au point 2, la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 19 décembre 2023, régulièrement publié. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise une preuve de cette délégation, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

10. En deuxième lieu, M. A invoque la violation des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatives au refus d'accorder un délai de départ volontaire et non pas au prononcé d'une interdiction de retour. Toutefois, pour faire reste de droit et à regarder le moyen comme dirigé contre le refus d'accorder un tel délai, il ne précise pas sur quoi repose l'erreur manifeste invoqué. Ensuite, s'agissant cette fois de l'interdiction de retour, il ne précise pas plus ni ne justifie des circonstances humanitaires invoquées interdisant au préfet de prendre une telle mesure. Ainsi, il ne permet pas, à nouveau, au juge de l'excès de pouvoir d'exercer son contrôle et, par suite, de se prononcer sur le bien-fondé de ce nouveau moyen qui doit être écarté en ses deux branches.

11. En troisième lieu, M. A soutient qu'en violation des dispositions cette fois de l'article L. 612-10 du même code, le préfet a pris une mesure disproportionnée car le préfet ne démontre pas qu'il aurait fait l'objet d'une mesure d'éloignement antérieure. Toutefois, dans le cadre de l'instruction de la présente affaire, le préfet de la Savoie a produit l'arrêté du 5 décembre 2022 du préfet de police prononçant une obligation de quitter le territoire à son encontre. Ensuite, il soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public car il est inconnu des services de police. Toutefois, comme il vient d'être dit le requérant a bien fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il ne justifie pas avoir exécuté. Enfin, la circonstance qu'il est ressortissant d'un pays à l'égard duquel il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement eu égard à la situation politique, humanitaire et sécuritaire et de l'absence de relations diplomatiques n'est pas plus de nature à établir le caractère disproportionné invoqué. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En dernier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre cette décision doit être écartée.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du préfet de la Savoie du 9 avril 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

DECIDE

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.

rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024

Le magistrat désigné,

A. Béal

La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408308

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