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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2408979

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2408979

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2408979
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2405015 du 16 avril 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A, au tribunal administratif de Paris.

Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 14 avril 2024, et le 25 juillet 2024, M. A, représenté par Me Touré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2024 rejetant sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine Saint-Denis de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, ou, à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par le préfet au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de la Seine Saint-Denis conclut au rejet de la requête ;

Le préfet de la Seine Saint-Denis fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Chakelian, greffière :

- le rapport de Mme Mornington,

- et les observations de Me Touré, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 29 mai 1994, réside sur le territoire français depuis 2003. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté en date du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Seine Saint-Denis a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Pour l'application des dispositions et des stipulations précitées, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour à un étranger d'apprécier, sous le contrôle du juge, si eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire national en 2003, à l'âge de 8 ans. Le requérant est en concubinage avec une ressortissante étrangère en situation régulière avec qui il a un enfant. Le préfet de la Seine Saint-Denis a fait valoir que la présence de M. A sur le territoire constituait une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 2 juillet 2021 à un an et 3 mois d'emprisonnement dont 9 mois avec sursis et 40 000 euros d'amende pour des faits d'escroquerie à l'encontre d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public pour l'obtention d'une allocation, d'une prestation, d'un paiement ou d'un avantage indu et blanchiment aggravé ; le 7 mars 2019 à 500 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis en récidive ; le 7 août 2018 à 400 euros d'amende pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points et le 19 juillet 2018 à 400 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis et en état d'ivresse manifeste. Le préfet indique qu'il est également " défavorablement connu des services de police " en raison de son signalement dans le cadre de plusieurs autres affaires délictueuses, notamment le 24 janvier 2023 pour violence sans incapacité en présence d'un mineur par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire d'un pacte civil de solidarité et vol simple, le 22 juin 2023 pour conduite d'un véhicule sans permis et en état d'ivresse manifeste, le 17 août 2021 pour transport, détention, offre ou cession de stupéfiants et détention non autorisée d'arme, munition ou élément essentiel de catégorie B, le 12 août 2021 pour récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et le 24 février 2021 pour détention non autorisée de stupéfiants. Toutefois, aucun de ces signalements n'ont donné lieu ni à condamnation ni à poursuite. Il ressort également des pièces du dossier que le père, les frères et sœurs du requérant sont ressortissants français, résident sur le territoire, et que sa mère y est également présente, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle. Ainsi, en estimant que la présence de M. A sur le territoire national représenterait une menace pour l'ordre public telle qu'elle pouvait légalement conduire l'autorité préfectorale, à lui refuser le renouvellement de sa carte de séjour, le préfet de la Seine Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation de cette menace. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que cet arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à en demander l'annulation.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Seine Saint-Denis a refusé de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de M. A doit être annulé.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine Saint-Denis de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine Saint-Denis du 26 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées pour M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Mornington, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

A-D. Mornington

Le président,

J-P. Ladreyt,

La greffière,

C. Chakelian

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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