vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2409059 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | AHMAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. D F A, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué n'indique pas sur quel fondement a été effectué son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ; la simple circonstance qu'il ait été débouté du droit d'asile ne peut justifier ce signalement, cette mesure devant, dès lors, être levée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'appelle aucune observation de sa part et indique qu'il verse au dossier l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F A, ressortissant bangladais né en 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B E, adjointe du chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine consentie par un arrêté n° 2024-08 du 21 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. A se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui prohibent les traitements inhumains et dégradants, faisant état des risques qu'il encourt en cas de retour au Bangladesh. Si sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 octobre 2022 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 4 mai 2023, il soutient toutefois que des faits nouveaux sont survenus depuis. En indiquant, toutefois, qu'il fait l'objet de poursuites abusives dans son pays, sans l'établir, et en se prévalant d'éléments généraux relatifs à la situation générale au Bangladesh issus d'un rapport d'Amnesty International, il ne démontre pas la méconnaissance des stipulations concernées. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () ".
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un ressortissant étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les moyens tirés de ce que cette mesure serait entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur de droit doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an vise les dispositions sur lesquelles elle est fondée et en particulier celles de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de ce qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A, de ce qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, de sa présence en France depuis le 21 juin 2022 et de l'absence de fortes attaches sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision ne serait pas suffisamment motivée doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La magistrate désignée
B. C
La greffière
D. DECOCK
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.