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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409203

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409203

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409203
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantAZGHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. C B, représenté par Me Azghay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de l'autoriser à présenter une demande tendant à l'obtention d'un tel titre ou, à titre plus subsidiaire, d'examiner à nouveau sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice de Me Azghay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est injustifiée et porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis avocats, par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien né en 1994, entré en France en 2022 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. E A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature aux fins notamment de signer la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels elle est fondée, en particulier les articles L. 611-1 et suivants du code de justice administrative et fait notamment état de l'entrée en France irrégulière de M. B, de ce qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et de sa situation familiale. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En troisième lieu, la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue de vérifier si le requérant était éventuellement en droit d'obtenir un titre de séjour. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au motif qu'il pourrait prétendre à la délivrance d'un titre portant la mention " salarié ". Ce moyen doit par conséquent être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article

L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

6. Pour prendre à l'encontre de M. B une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur les circonstances tirées de ce que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, est entré récemment en France et sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec ce pays, sans qu'il soit fait état par ailleurs d'un risque pour l'ordre public ou d'une précédente mesure d'éloignement dont le requérant aurait fait l'objet. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que cette décision doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique uniquement qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'examiner à nouveau la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B, qui ne justifie pas avoir formé de demande d'aide juridictionnelle, n'est pas fondé à demander que soit mise à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Val-de-Marne du 17 avril 2024 interdisant à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'examiner à nouveau la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Azghay et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La magistrate désignée

B. D

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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