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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409422

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409422

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409422
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantLEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 avril et 5 juin 2024, M. C A, représenté par Me Lejeune, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a pas été admis sur le territoire français, la décision attaquée lui ayant été notifiée alors qu'il se trouvait en zone d'attente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il a présenté aux autorités préfectorales son passeport en cours de validité.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il encourt des risques en cas de retour au Sri-Lanka.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Lejeune, représentant M. A, qui conclut en outre à l'annulation de la décision du 13 avril 2024 par lequel le préfet de police a interdit à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois, par les moyens tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de ce que M. A ne représente pas une menace à l'ordre public, en présence de M. D, interprète en tamoul.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sri-lankais né en 1980, demande l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police, le préfet de police a donné délégation à Mme E, attachée d'administration de l'Etat et signataire de la décision attaquée, pour signer tous actes, arrêtés et décisions nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels elle est fondée et mentionne notamment que M. A est entré en France sous couvert d'un document de voyage non revêtu d'un visa, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à une mesure d'éloignement et qu'il s'est déclaré marié au Sri-Lanka avec trois enfants non à charge. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée, révélant l'absence d'examen sérieux de sa situation.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 611-2 de ce même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 611-1 lorsqu'il ne peut justifier être entré ou s'être maintenu sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20 et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21 de cette même convention ".

6. D'une part, le ressortissant étranger qui a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée et de placement en zone d'attente et qui a refusé d'obtempérer à un réacheminement pris pour l'application de cette décision ne peut être regardé comme entré en France de ce seul fait. Tel est le cas, toutefois, s'il a été placé en garde à vue à la suite de ce refus, à moins que les locaux de la garde à vue soient situés dans la zone d'attente.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé à l'aéroport de Roissy le 3 avril 2024, que l'entrée sur le territoire français lui a été refusée pour défaut de visa, qu'il a été placé en zone d'attente, qu'il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et que le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile par une décision du 4 avril 2024. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant a refusé d'obtempérer à son réacheminement, le 10 avril 2024, puis a été placé en garde à vue, dans des locaux dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils étaient situés en zone d'attente, pour des faits de soustraction à cette décision de refus d'entrée. Le préfet de police pouvait donc légalement regarder M. A comme entré en France et prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire, fondée sur l'irrégularité de l'entrée de l'intéressé sur le territoire européen, en application de l'article L. 611-2 du même code. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

8. En cinquième lieu, en faisant état de ce que les éléments de sa vie personnelle et familiale n'ont pas été pris en considération par le préfet de police, sans par ailleurs verser au dossier de pièces justifiant de ces éléments, M. A n'établit pas que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit par conséquent être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels elle est fondée et indique notamment les motifs pour lesquels M. A ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cette décision n'est pas suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, il résulte des énonciations des points 2 à 9 du présent jugement que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Dès lors, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article

L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que M. A ne peut pas présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

14. M. A fait valoir qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité présenté aux services préfectoraux et qu'il présente, dès lors, des garanties de représentation suffisantes. Si le préfet de police ne le conteste pas, il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant ne dispose pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, ce qui pouvait justifier, sans erreur manifeste d'appréciation, que le préfet de police lui refuse un délai de départ volontaire. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. A n'établit pas qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte des énonciations des points 2 à 9 du présent jugement que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Dès lors, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

18. En troisième lieu, si M. A fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour au Sri-Lanka du fait notamment de sa religion, il ne verse au dossier aucun élément qui permettrait d'étayer cette affirmation, sa demande d'entrée en France au titre de l'asile ayant par ailleurs été rejetée par une décision du 4 avril 2024. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui prohibent la peine de mort et les traitements inhumains et dégradants, doit être rejeté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte des énonciations des points 2 à 9 du présent jugement que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Dès lors, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ".

21. La circonstance selon laquelle M. A ne représenterait pas de risque pour l'ordre public n'est pas de nature à établir que des circonstances humanitaires justifiaient qu'il ne fasse pas l'objet d'une décision d'interdiction de retour en application des dispositions précitées. Le moyen doit, par suite, être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La magistrate désignée

B. B

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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