vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2409591 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | BREGERAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 18 avril 2024 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré en France le 5 novembre 2020 et y réside depuis lors et qu'il a des liens familiaux et personnels forts sur le territoire français avec la présence d'un frère en situation régulière ;
S'agissant du refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
S'agissant de la fixation du pays de destination :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il encourt des risques pour sa sécurité et sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de fausses plaintes déposées à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête de M. B est irrecevable en l'absence de moyen et de conclusion ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé ;
- à titre infiniment subsidiaire, ces moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Medjahed, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, magistrat désigné ;
- les observations de Me Bregeras, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute qu'il travaille de manière déclarée depuis son entrée en France.
La préfète de l'Oise n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 6 février 1988 au Bangladesh, de nationalité bangladaise, déclare être entré en France tantôt le 27 octobre tantôt le 5 novembre 2020. Par un arrêté du 18 avril 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an avec un signalement pour cette durée dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. M. B a bénéficié de l'aide d'un avocat commis d'office qui l'a représenté lors de l'audience. Dans les circonstances de l'espèce, M. B est ainsi réputé avoir bénéficié effectivement du droit qu'il tirait de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, eu égard aux conditions dans lesquelles elle a été présentée, sa demande tendant à être admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du vice d'incompétence commun à l'ensemble des décisions attaquées :
4. Par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié le jour même au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à Frédéric Bovet, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer toute décision relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise, à l'exception de certaines attributions parmi lesquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'autre moyen relatif à l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Le requérant ne produit aucune pièce ni aucun élément de nature à établir une quelconque insertion personnelle et familiale en France, notamment la présence, la réalité et l'intensité des relations entretenues avec un de ses frères dont il ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier qu'il réside en situation régulière sur le territoire français. Il ne justifie pas davantage d'une durée de séjour suffisante pour caractériser une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. S'il ressort des pièces du dossier qu'il a exercé une activité professionnelle dans la restauration de juillet 2021 à novembre 2023, soit deux ans et cinq mois, la durée de cette insertion professionnelle n'est pas suffisante. Enfin, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 32 ans et où résident l'ensemble de sa famille selon ses déclarations lors de son audition préalable par les services de gendarmerie le 18 avril 2024. Par suite, en l'absence de justification d'une insertion professionnelle ou personnelle particulière en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention précitée doit être écarté.
En ce qui concerne l'autre moyen relatif au refus de délai de départ volontaire :
7. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision.
En ce qui concerne les autres moyens relatifs à la fixation du pays de destination :
8. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces dernières stipulations énoncent que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. M. B n'apporte aucun élément ni aucun commencement de preuve de nature à établir un risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B a été rejetée définitivement par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 octobre 2021 et que sa demande de réexamen a été rejetée par une décision de la même Cour du 29 novembre 2021. Il ne produit ni devant le préfet ni devant le tribunal aucun élément nouveau. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées au point 9 doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
N. MEDJAHED
La greffière,
E. FLORENTINY
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.