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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2410371

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2410371

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2410371
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCABINET SALIGARI - EL AMINE AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, Mme C A B, représentée par Me El Amine demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 23 avril 2024 par lesquels le préfet du Nord l'a d'une part obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l'a d'autre part interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Mme A B soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît son droit à être entendue ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coz,

- et les observations de Me Cobert représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante vénézuélienne née le 15 novembre 1994 à Puerto Ordaz, est entrée en France le 7 décembre 2017. Par un arrêté du 23 avril 2024, le préfet du Nord a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à l'encontre de Mme A B et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée. Par la présente requête la requérante demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A B aurait été mise en mesure de présenter des observations alors que, si elle avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 novembre 2020, sa situation a évolué depuis et qu'elle aurait pu faire présenter divers documents relatifs à celle-ci. Dans ces conditions, Mme A B est fondée à soutenir que l'atteinte au droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecterait sensiblement et défavorablement ses intérêts est de nature à affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français et à en obtenir l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

5. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord ou le préfet territorialement compétent procède à un nouvel examen de la situation de Mme A B. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à cet examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivrer immédiatement dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet du Nord du 23 avril 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 3 : L'État versera à Madame C A B une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Madame C A et au Préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Y. COZ

La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet du Nord ou au préfet territorialement compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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