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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2410496

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2410496

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2410496
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantPHILOUZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, M. B C A, représenté par Me Anne-Laure Philouze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant le temps nécessaire à ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit d'être entendu avant l'édiction d'une mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré mineur en France en avril 2023 et y réside depuis lors, qu'il s'est engagé dans l'association Acerma et a rejoint les ateliers de réalisation de films documentaires, qu'en avril 2023, il a participé à l'écriture, à la mise en scène et au montage d'un court-métrage qui a obtenu le grand prix d'un jury de concours avec l'attribution par France Télévision d'une bourse d'aide à l'écriture pour la réalisation d'un nouveau projet artistique, qu'il est l'acteur principal dans ce nouveau projet et a réalisé la bande originale du film, qu'il a monté un groupe de musique qui a enregistré leur premier son les 12 novembre 2023 et 29 février 2024, donné en octobre 2023 leur premier concert et s'est produit sur différentes scènes ouvertes en mars et avril 2024, qu'en novembre 2023, il a pris part à un projet photographique qui portait sur le parcours de jeunes artistes à Paris, que le 20 avril 2024, il a présenté un nouveau film dans le cadre d'un festival, qu'il est membre actif du collectif " Ecole pour Tous " et participe régulièrement à des actions de plaidoyer auprès notamment du ministère de l'éducation nationale, qu'il a cherché parallèlement à être scolarisé dès son arrivée en France et suivi avec sérieux et assiduité les cours de français, de mathématiques et d'informatique dispensés par l'association " Droit à l'Ecole ", qu'il a obtenu en janvier 2024 le niveau B1 en compréhension écrite et orale et en expression écrite et orale et que compte-tenu du manque de places, il est toujours dans l'attente de son affectation dans un établissement scolaire pour intégrer un CAP de " Maintenance de Véhicules " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la fixation du délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, un délai supérieur à trente jours devant lui être accordé à titre exceptionnel afin de lui permettre de finir les projets artistiques dans lesquels il est actuellement engagé ;

S'agissant de la fixation du pays de destination :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Medjahed, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :

- le rapport de M. Medjahed, magistrat désigné ;

- les observations de Me Philouze, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 16 janvier 2006 à Bafang au Cameroun, de nationalité camerounaise, déclare être entré en France en avril 2023. Par un arrêté du 15 avril 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence à statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. L'arrêté attaqué se borne à indiquer, de manière stéréotypée, que " M. A B, né le 16 janvier 2006 à Bafangan, de nationalité camerounaise, () ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français ", qu'il " est dépourvu de document de voyage (passeport) et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ", que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale " et qu'il " n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'Homme en cas de retour dans son pays d'origine (ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement réadmissible) ". Il ne comporte aucun élément de fait qui caractérise la situation personnelle et familiale de M. A alors que ce dernier a déclaré, lors de son audition préalable par les services de police du 15 avril 2024, qu'il est célibataire sans enfant, entré en France en octobre 2023 et sans ressource. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé en fait. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocate peut ainsi se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Philouze en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Philouze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police de Paris du 15 avril 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas.

Article 4 : L'État versera à Me Philouze une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Philouze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, Me Philouze et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

N. MEDJAHED

La greffière,

E. FLORENTINY

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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