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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2410977

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2410977

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2410977
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantPEIFFER-DEVONEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 30 avril, le 7 mai et le 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Peiffer-Devonec de l'AARPI Novo Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, si besoin sous astreinte, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Peiffer-Devonec.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il n'a jamais commis les comportements délictueux qui lui sont imputés et ne constitue, dès lors, pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- le préfet porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retourner sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2024 à 12 :00 heures.

Par un courrier du 29 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le préfet de police était en situation de compétence liée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori, premier conseiller rapporteur,

- les observations de Me Peiffer-Devonec, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 18 juin 1976, déclare être entré en France le 21 février 2013 et ne plus avoir quitté le territoire français. Le 31 mai 2022, il a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dont il a demandé le renouvellement le 2 juin 2023. Par un arrêté du 17 avril 2024, le préfet de police a refusé de faire droit à sa demande, a prononcé, à son encontre, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant cinq ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

3. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision de refus de titre de séjour a été édictée au motif que M. B, qui se serait rendu coupable d'une infraction de soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière entre le 21 mars 2021 et le 27 mai 2021 pour laquelle il aurait fait l'objet d'une condamnation, le 1er juin 2021, par le tribunal correctionnel de Lyon à 3 mois d'emprisonnement et d'une interdiction judiciaire du territoire français pendant 5 ans, constituerait, de ce fait, une menace à l'ordre public.

4. M. B fait cependant valoir, sans contradiction sérieuse de la part du préfet de police, que si une telle condamnation est effectivement inscrite sur le bulletin n°2 produit en défense, il ne peut matériellement être l'individu condamné à Lyon et incarcéré à la suite de l'audience. Il soutient, d'une part, qu'au jour de l'audience au tribunal correctionnel de Lyon et pour l'ensemble de la période qui s'en est suivie, au cours de laquelle il aurait été incarcéré, il a assuré son service au sein d'un restaurant parisien qui l'employait. Il a produit à cet égard, au soutien de sa requête, ses fiches de paie des mois en cause, lesquelles sont corroborées par une attestation de son chef de cuisine établie le 29 août 2024. Il a produit, d'autre part, une déclaration de main courante faite le 15 mars 2013 relative à des faits de perte de documents officiels, qui est de nature à laisser présumer qu'il a pu faire l'objet d'une usurpation d'identité, pour laquelle il a d'ailleurs déposé une plainte pénale enregistrée le 29 août 2024. Dans ces conditions, il doit être regardé comme étant établi que la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement inexacts. Il n'est pas établi, dans ces conditions, que M. B constituerait une menace pour l'ordre public.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B doit être annulée.

6. L'annulation de la décision de refus de titre de séjour entraîne nécessairement, par voie de conséquence, celle de la décision faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai et celle lui faisant interdiction de retourner sur le territoire national, lesquelles sont privées de leur base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'annulation de la décision attaquée, pour les motifs précédemment exposés, implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, que le préfet de police délivre une carte de séjour temporaire à M. B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à ce dernier, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder à la délivrance de ce titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir une telle injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé à M. B le renouvellement de sa carte de séjour temporaire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Peiffer-Devonec.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Amadori, premier conseiller,

Mme Alidière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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