mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411489 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MESUREUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mai et 14 juin 2024, M. C, représenté par Me Herszkowicz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois supplémentaires et sa signalisation aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que la décision du 10 décembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, fondant la décision attaquée, est suspendue dans l'attente du jugement du tribunal administratif ;
- il méconnait les dispositions de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des
étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée,
- les observations de Me Herszkowicz, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, né le 13 juillet 1987, demande l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois supplémentaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. D B, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
4. Contrairement à ce que prétend M. C, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l'article L.612-10, que le préfet de police a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. Le préfet a indiqué que M. C avait fait l'objet d'une précédent mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour de vingt-quatre mois édictée le 10 décembre 2023 par le préfet de police, à laquelle il s'est soustrait, qu'il avait été signalé le 6 mai 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis en récidive, rébellion, outrage à personne détentrice de l'autorité publique et conduite en état d'ivresse, que l'intéressé " allègue être entré sur le territoire il y a quatre ans " et ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté que l'intéressé se déclare célibataire et sans enfant, éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour fixer à vingt-quatre mois supplémentaires l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été opposée à M. C. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, si M. C soutient qu'il a formé un recours contre la décision du préfet de police du 10 décembre 2023, prise à son encontre, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour sur une période de vingt-quatre mois, et que l'instruction est toujours en cours, toutefois, il ressort du jugement n°2328474/12-3 du tribunal administratif de Paris, rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024, que la requête de M. C, enregistrée le 12 décembre 2023, a été rejetée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, doit être écarté.
6. En quatrième lieu, si M. C soutient que son comportement signalé le 6 mai 2024 ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des éléments contenus dans le mémoire en défense du préfet de police, et non contestés par le requérant, que ce dernier, à la suite d'un contrôle routier survenu le 9 décembre 2023, a été placé en garde à vue pour des faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique. Par arrêté du 10 décembre 2023, le préfet de police l'a obligé de quitter sans délai le territoire français et l'a interdit de retour durant vingt-quatre mois. En outre, le 6 mai 2024, il a de nouveau été placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive et en état d'ivresse manifeste et rébellion et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Dans ces conditions, le comportement de M. C est bien constitutif d'une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En cinquième et dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. C, que celui-ci est célibataire et sans enfant, présent en France depuis plus de trois ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut d'une activité professionnelle de chef d'équipe au sein de la société SARL MT BTP par la production d'un contrat à durée indéterminée du 1er juin 2022 et de fiches de paie sur la période allant de juin 2022 à la date de l'arrêté attaqué, il n'est pas contesté qu'elle est exercée irrégulièrement. En outre, si le requérant démontre qu'il a en France sa sœur, enceinte, titulaire d'un récépissé, étant mariée à un ressortissant français, et un oncle et une tante, retraités et âgés, qu'il aide au quotidien et enfin qu'il suite des cours de français, ces éléments sont insuffisants pour établir l'existence d'attaches d'ordre personnel et familial en France alors qu'il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le préfet n'a, par suite, pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La magistrate désignée,
A. PerrinLe greffier,
G. Millet
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2411489/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024