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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411550

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411550

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411550
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantSIDOBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mai 2024 et 22 juin 2024, M. A B, représenté par Me Sidobre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés du 9 mai 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance.

M. B soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la menace à l'ordre public n'est pas établie ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Calladine en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Calladine ;

- les observations de Me Sidobre, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions contenues dans deux arrêtés du 9 mai 2024, le préfet de police a fait obligation à M. B, ressortissant congolais né le 12 février 1980, de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trente-six mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 9 mai 2024 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de renvoi :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). "

3. L'arrêté du 9 mai 2024 vise les textes dont il est fait application et notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à M. B en vertu d'une décision du 26 octobre 2011 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 8 février 2013 par la Cour nationale du droit d'asile et que la demande de réexamen a été rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 décembre 2019 et de la Cour nationale du droit d'asile du 4 mars 2020. L'arrêté mentionne les motifs pour lesquels le préfet estime que l'intéressé ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire ainsi que les éléments de la situation personnelle de l'intéressé retenus par le préfet. Ainsi, l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, satisfait à l'exigence de motivation prévue à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Si M. B est entré sur le territoire français en 2010 et déclare avoir quatre enfants, ceux-ci ne sont pas à sa charge et il reconnaît n'entretenir de relations qu'avec l'une de ses filles qui vit à Beauvais. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français ait porté au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision. Le préfet de police n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. B.

6. En troisième lieu, l'arrêté du 9 mai 2024 vise, notamment, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne la nationalité de M. B et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

7. En quatrième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de l'arrêté du 9 mai 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " Aux termes de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (). "

9. En premier lieu, l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort en outre de ses motifs que pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, auquel aucun délai de départ volontaire n'a été imparti pour quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur chacun des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Cette motivation est conforme aux exigences rappelées aux point précédent et le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français serait insuffisamment motivée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point 8 que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

11. M. B réside en France depuis 2010. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'il y aurait des liens personnels et familiaux intenses. En outre, il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise par un arrêté du préfet de l'Oise le 15 décembre 2015 et a été interpellé le 8 mai 2024 pour des faits de menaces de mort réitérées avec injures raciales qui ont donné lieu à un dépôt de plainte. Cette interpellation pouvait être prise en compte par le préfet de police quand bien même les faits reprochés à l'intéressé n'ont pas donné lieu à condamnation. Le préfet n'a donc pas fait une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

12. En dernier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, M. B devait faire l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 9 mai 2024. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées également.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. CalladineLa greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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