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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412511

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412511

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412511
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantRIVOAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 13 mai 024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. C, enregistrée le 6 mai 2024.

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 10 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Rivoal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 mai 2024, par lequel le Préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au Préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- que le signataire est incompétent ;

- que cette décision est insuffisamment motivée et que sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- que cette décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ;

- que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation car il a un suivi médical en France ;

- que la décision méconnaît l'article 13 de la Convention européenne des droits de l'homme ;

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- que le risque de fuite n'est pas établi ;

- que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- que cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu l'arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la loi du10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du Tribunal a désigné Mme Hnatkiw en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Hnatkiw ;

- les observations de Me Rivoal, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, demande l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui a interdit de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. Par un arrêté n° 2024-19 du 11 avril 2024 régulièrement publié, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à M. D A délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, elles sont donc suffisamment motivées ; il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier ;

En ce qui concerne le respect du droit au recours effectif :

4. Aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. ".

5. Le requérant fait état des droits d'indemnisation qui lui sont consentis par l'assurance du responsable de l'accident. A aucun moment il ne fait état d'un litige ou d'une procédure en cours contre cette assurance. La seule circonstance que la transaction avec l'assureur n'ait pas été finalisée à la date de la décision contestée, et qu'il existe une possibilité que le requérant, s'il n'est pas satisfait de cette transaction, qui n'est pas encore intervenue, engage dans le futur une procédure contre l'assurance du responsable de son accident n'est pas, par elle-même, de nature à faire regarder la décision l'obligeant à quitter le territoire français comme méconnaissant son droit à un recours effectif garanti notamment par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il aura la possibilité de se faire représenter par un avocat et que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse revenir sur le territoire français, dans le respect de la règlementation relative à l'entrée et au séjour des étrangers, pour comparaître personnellement, si nécessaire, à l'instance, en sollicitant au besoin l'abrogation de la mesure lui faisant interdiction de retour sur le territoire français en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; "

7. M. C, de nationalité tunisienne, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien- être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui" ;

9. Si M. C, entré en France en juin 2022, célibataire et sans enfant à charge, soutient qu'il a été victime d'un accident de la route le 14 décembre 2023 et a subi une intervention chirurgicale, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a jamais demandé de titre de séjour en qualité d'étranger malade à la suite de cet accident. Alors même qu'il a des rendez-vous médicaux prévus en France, il n'atteste pas, par les documents produits, de l'absence d'un suivi et d'un traitement approprié en Tunisie, où l'expertise envisagée pourrait être également réalisée. Lors de son audition par les services de police le 5 mai 2022, il n'a fait aucune mention de son état de santé et a déclaré, malgré les séquelles alléguées, avoir toujours travaillé depuis juin 2022 au marché de Rungis. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées ou commis une erreur d'appréciation ;

Sur la légalité du refus d'accorder un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;(..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.

11. Le requérant, qui ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En l'absence de circonstances particulières liées à sa situation administrative et personnelle, il existe ainsi un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Dès lors, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le Préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les dispositions précitées ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de M. C.

Sur la légalité de l'interdiction de retourner sur le territoire français :

12. L'obligation faite à M. C de quitter le territoire français n'étant pas illégale, celui-ci n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

13. Le requérant ne précise pas en quoi les séquelles de l'accident de la circulation dont il a été victime mettent en cause la légalité de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au Préfet des Hauts-de-Seine .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. HNATKIWLa greffière,

D. PERMALNAICK

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2412511/8

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