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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413706

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413706

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413706
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 mai 2024 et le 19 juillet 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler des décisions contenues dans un arrêté en date du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant-élève " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B épouse A soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant au visa par lequel elle est entrée sur le territoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par le préfet au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de police représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête ;

Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Chakelian, greffière :

- le rapport de Mme Mornington,

- et les observations de Me Cabral de Brito, représentant Mme B épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante tunisienne, née le 2 février 2002, est entrée en France, selon ses déclarations, le 18 novembre 2015. Elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B épouse A demande l'annulation de la décision de refus de lui renouveler son titre de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français contenue dans un arrêté du 29 avril 2024.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour rejeter la demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation retenue par le préfet de police dans son arrêté en date du 29 avril 2024, qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B épouse A préalablement à l'édiction de la décision de refus de titre de séjour en litige.

4. En troisième lieu, si la requérante soutient que le préfet a commis une erreur de fait en indiquant dans la décision litigieuse qu'elle est entrée sur le territoire avec un visa étudiant et non avec un visa d'étranger malade, il est toutefois constant qu'elle a effectué une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une prétendue erreur de fait du préfet de police est donc inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse A a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour une inscription à une formation intitulée " préparation à l'entrée en écoles d'aide-soignant " à l'EFM Santé et Social. Un tel enseignement à distance, qui ne nécessite pas le séjour en France de l'étudiant étranger qui désire le suivre, n'est pas de nature à ouvrir droit à un titre de séjour en qualité d'étudiant. A cet égard, le descriptif de la formation " préparation à l'entrée en écoles d'aide-soignant " de l'EFM mentionne que l'apprentissage se fait entièrement à distance, avec des cours consultables sur un espace de formation sur internet et des exercices et des évaluations notés à rendre en ligne. La requérante n'allègue ni n'établit qu'elle ne pourrait pas effectuer cette formation dans son pays d'origine. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être qu'écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. "

8. Si Mme B épouse A soutient avoir fixé sa vie privée et familiale sur le territoire français, et être mère de deux enfants nés sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales à l'étranger ou dans son pays d'origine. En outre, il est constant que son époux, de nationalité tunisienne, est en situation irrégulière sur le territoire français. Eu égard à ces éléments, en particulier à l'absence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine, les allégations non étayées selon lesquelles elle aurait besoin d'un suivi médical à la suite de son cancer traité en France en 2015, ne sont pas de nature à faire regarder le refus de titre de séjour comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté, de même que celui tiré de ce qu'elle serait entachée d'erreur de droit en ce qu'elle remplirait les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B épouse A n'est pas fondée à demander au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B épouse A ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13. Si la requérante fait valoir qu'un de ses enfants est scolarisé en France depuis septembre 2023, elle n'établit pas, alors que son époux ne justifie pas d'un droit au séjour en France, qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine où la cellule familiale peut se reconstituer. La seule scolarisation en France de l'enfant ne suffit pas à caractériser une atteinte à son intérêt supérieur, dès lors que la requérante n'invoque aucun obstacle à ce que son enfant poursuive sa scolarité en Tunisie, pays dont il a la nationalité. Ainsi, la décision litigieuse, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents ou de les empêcher de poursuivre leur scolarité dans leurs pays d'origine, n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent. Il suit de là que le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants de la requérante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 8 concernant la décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B épouse A.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B épouse A n'est pas fondée à demander au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Mornington, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

A-D. Mornington Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

C. Chakelian

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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