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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413729

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413729

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413729
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantLENGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrée les 29 mai, 12 et 28 juin 2024, Mme E A, représentée par Me Lengrand, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 30ème jour de la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire d'enjoindre à toute à l'autorité administrative compétente de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de cette aide.

Elle soutient que :

- sa requête est bien recevable ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car elle n'a pas pu être entendue en violation d'un principe général du droit de l'Union européenne ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car la base télémofpra a été irrégulièrement consultée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne justifie pas de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui sert de fondement à l'arrêté attaqué ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- il risque d'être persécuté en cas de retour dans son pays. et le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable car tardive et que les moyens présentés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me Amzallag, représentant Mme A en présence d'un interprète en langue anglaise.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite par Me Lengrand pour Mme. A le 03 juillet 2024 à 21h58.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 avril 2024, le préfet de police a obligé Mme A à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :

3. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code. ".

4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas utilement contesté par Mme A que le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué lui a été notifié le 22 avril 2024 à l'adresse qu'elle a indiqué soit auprès de l'organisme APTM CADA au 239 de la rue de Bercy à Paris et que cette notification comportait l'indication des voies et délais de recours comme en atteste l'exemplaire produit par le conseil de la requérante. Par suite, le délai de 15 jours prévu par les dispositions susvisées de l'article R. 776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a commencé à courir à compter de cette date et il n'est pas plus contesté que la requête n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 29 mai 2024 soit une fois le délai de recours susvisé largement expiré. Pour établir la recevabilité de sa requête et donc l'absence de tardiveté, le conseil de la requérante se borne à produire une attestation du 24 mai 2024 du directeur de l'APTM CADA au demeurant dénué de tout document d'identité justifiant de l'identité de son auteur, M. D C. Il ressort de cette attestation que ses services ont commis une erreur de distribution, les courriers ayant été placés par inadvertance au mauvais endroit et ce n'est que le 21 mai que les plis recommandés ont été remis à Mme A et à M B (sic). Toutefois, cette circonstance, au demeurant non établie par les pièces du dossier, n'est pas de nature à empêcher le délai de recours à commencer à courir. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que le préfet de police a opposé une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête.

5. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

DECIDE

Article 1er : Mme A n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024

Le magistrat désigné,

A. Béal

Le greffier

G. Millet

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière

D. Permalnaick

N°2413729/8

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