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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413888

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413888

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413888
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantSIDOBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 30 mai 2024, la présidente du tribunal administratif de Besançon a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de Mme B A, enregistrée le 23 mai 2024.

Par cette requête et un mémoire enregistré le 22 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Sidobre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de son renvoi, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informée de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance.

Mme A soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le signalement aux fins de non -admission dans le système d'information Schengen est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Calladine en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Calladine ;

- les observations de Me Sidobre, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 mai 2024, le préfet du Doubs a fait obligation à Mme A, ressortissante chinoise née le 14 octobre 1968, de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Doubs du 21 mai 2024.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). "

3. L'obligation de quitter le territoire français vise les textes dont il est fait application et notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise, notamment, que Mme A ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis octobre 2018 et se maintient irrégulièrement sur le territoire national. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à l'intéressée de comprendre les motifs qui la fondent à sa seule lecture. Ainsi et dès lors que le préfet du Doubs n'est pas tenu de mentionner tous les éléments caractérisant la situation de l'étranger, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, le préfet relève, sans être contesté, que Mme A est célibataire, sans enfant à charge et qu'elle ne justifie pas de liens intenses personnels et familiaux en France. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la décision obligeant l'intéressée à quitter le territoire français ait porté au droit de celle-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision. Le préfet du Doubs n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de Mme A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " Aux termes de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (). "

6. L'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort en outre de ses motifs que pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de Mme A, à laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été imparti pour quitter le territoire français, le préfet du Doubs s'est fondé sur chacun des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Cette motivation est conforme aux exigences rappelées aux point précédent et le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français serait insuffisamment motivée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme A expose vivre en France depuis 2018 et y disposer d'un logement mais n'apporte pas d'élément de nature à l'établir. Compte tenu de l'absence de liens durables de Mme A en France et de sa faible durée de présence, le préfet du Doubs n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, Mme A devait dès lors faire l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

8. En cinquième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet du Doubs a fait application pour fixer le pays de renvoi de Mme A, notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne la nationalité de Mme A et indique qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cet article 3. Ainsi, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

9. En dernier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le pays de destination n'est pas illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2024. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme A présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées également.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. CalladineLa greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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