lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414442 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 4, 18 et 19 juillet 2024, Mme G B, représentée par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le temps de ce réexamen et de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle dès lors que la demande d'asile de son fils F est toujours en cours d'examen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet de Police, représenté par SELARL Actis avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E, en application des dispositions de l'article R776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Maillard, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 1er mars 1991, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 19 avril 2022. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juillet 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 janvier 2023. L'intéressée a introduit une demande de réexamen auprès de l'OFPRA le 29 septembre 2023, qui a été définitivement rejetée par une ordonnance de la CNDA le 8 janvier 2024, ainsi qu'une demande d'asile initiale pour son fils C F, né le 22 juin 2023. Par un arrêté du 16 mai 2024, le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée. Par cette requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Mme B fait valoir qu'à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la demande d'asile présentée au nom de son fils C F était en cours d'examen par l'OFPRA. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a délivré, le 26 septembre 2023, d'une part, une attestation de demande d'asile à Mme B pour un réexamen en procédure accélérée de sa demande et, d'autre part, le 19 septembre 2023, une attestation de demande d'asile à M. C F A, fils de Mme B, né le 22 juin 2023, pour une première demande. Par une décision du 9 octobre 2023, l'OFPRA a certes rejeté comme irrecevable la demande de réexamen de la requérante, mais l'Office ne s'est alors pas prononcé sur les craintes propres concernant l'enfant de Mme B. Le préfet, qui ne verse aucune décision de l'OFPRA concernant la demande du fils de Mme B, se borne à produire la fiche Télemofpra de l'enfant faisant mention de ce qu'aucune pièce n'a été jointe à sa demande. Toutefois, la requérante produit un courrier du 2 avril 2024 de l'OFPRA indiquant qu'une décision ne pourra être rendue dans le délai de six mois à compter de l'introduction devant l'Office de la demande d'asile présentée au nom de son enfant mineur ainsi qu'un courriel du 19 juillet 2024 informant que la demande d'asile du jeune C F était toujours, à cette date, en cours de traitement. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir qu'à la date de la décision litigieuse, la demande présentée au nom de son fils était toujours en cours d'examen par l'OFPRA et que son fils bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français au moins jusqu'à la notification de la décision à intervenir de cet office. Par suite, la décision d'éloignement en litige aurait pour effet de séparer la requérante de son fils, âgé de onze mois à la date de la décision, de sorte qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, méconnaissant ainsi les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 16 mai 2024 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard à l'objet de l'arrêté litigieux et au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement mais seulement que le préfet réexamine la situation de Mme B. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les frais liés au litige :
6. Sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Maillard, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Maillard de la somme de 1 100 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros lui sera versée.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 16 mai 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Maillard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Maillard, conseil de Mme B, une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B et au préfet de Police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
V. E
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2405173/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
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