jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414649 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | KESSENTINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, M. A F, représenté par Me Kessentini, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Kessentini sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
M. F soutient que :
- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entaché d'erreur de faits et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coz,
- et les observations de Monsieur B, élève avocat, en présence de Me Kessentini, représentant M. C représentant M. F.
Une note en délibéré présentée pour M. F a été enregistrée le 17 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant tunisien, né le 26 mars 2002 à Tunis, est entré en France en 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 22 mai 2024, le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à l'encontre de M. F et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné. Par la présente requête le requérant demande l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. F, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme E D, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
6. La décision du 22 mai 2024 vise les dispositions sur lesquels elle est fondée, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. F est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Si M. F soutient que la décision aurait dû mentionner que la plupart des membres de sa famille sont français ou vivent en France, aucune disposition en fait obligation au préfet de police de mentionner ces éléments. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ainsi que celui du défaut d'examen doivent être écartés.
7. En troisième lieu, l'absence de mention de l'aide apportée par le requérant à sa tante à charge n'est pas de nature, laquelle n'est au demeurant pas établie, ne constitue pas une erreur de fait.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Le requérant soutient, sans l'établir, vivre en France depuis deux ans et subvenir aux besoins de cette dernière, veuve et sans enfants. Cependant il n'établit pas l'impossibilité pour elle de bénéficier d'une aide, alors qu'il a vécu en Tunisie jusqu'à ses 22 ans et qu'il soutient que de nombreux membres de sa famille résident en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
10. Les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, les moyens fondés sur son illégalité dirigés contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, M. F étant la partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de police et à Me Kessentini.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Y. COZ
La greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
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24/12/2024