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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414841

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414841

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414841
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 juin et le 3 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Ohrant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle :

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination de sa reconduite à la frontière ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Orhant, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- le signataire de la décision contestée est incompétent ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de police, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Guglielmetti pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guglielmetti ;

- les observations de Me Ohrant, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, a fait l'objet le 27 mai 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination de sa reconduite à la frontière. Il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme B C, signataire de l'arrêté en litige, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise notamment que la demande de protection internationale de M. A a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA et que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre l'arrêté contesté. Le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, M. A, qui se borne à soutenir que les droits de la défense ont été méconnus, sans autre précision, n'établit ni même n'allègue qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents sur sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, si M. A soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit et qu'il méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, ces moyens, qui ne sont assortis d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, ne peuvent qu'être écartés.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Si le requérant soutient vivre en France depuis plus de trois ans, y travailler, être inséré socialement, avoir des relations amicales et parler la langue française, les pièces qu'il produit, et notamment les bulletins de paie, ne suffisent pas à l'établir. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni, pour les mêmes motifs, n'est entaché d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En dernier lieu, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut dès lors qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 27 mai 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Ohrant et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. GuglielmettiLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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