mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2416560 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024 et un mémoire, enregistré le 1er septembre 2024, non communiqué, M. A B, représenté par Me Lancel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police le renouvellement de son titre de séjour et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de police a méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- un délai de départ volontaire aurait dû lui être accordé dès lors qu'il bénéficie de garanties de représentation suffisantes.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il aurait dû se voir octroyer un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision vise un article relatif aux étrangers mineurs ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2024 à 12h00 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Lancel, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 31 août 1983, est entré régulièrement sur le territoire français, le 21 avril 2019, avec un visa C portant la mention " famille de français ". A la suite de son divorce, il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le 21 avril 2023, il a sollicité, auprès de la préfecture de police, le renouvellement de ce titre ou la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 4 juin 2024, le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retourner sur le territoire pour une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police, pour refuser à M. B le renouvellement de son droit au séjour et la délivrance d'un certificat de résidence algérien qu'il avait sollicités sur le fondement des stipulations du 7 bis de l'accord franco-algérien, s'est borné à rappeler que l'intéressé avait été condamné le 13 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint et a retenu que l'intéressé était divorcé d'une ressortissante française et qu'il n'avait pas d'enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a obtenu le changement de son statut " famille de français " en " salarié " en 2022, a été titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 21 mars 2023, soit après sa condamnation du 13 mai 2021 et exerce une activité professionnelle en qualité de chirurgien viscéral au centre hospitalier intercommunal d'Aulnay-Sous-Bois. En outre, M. B s'est remarié le 10 novembre 2023 et est père d'une fille née le 29 janvier 2024. Dans ces conditions, compte tenu des nombreuses erreurs de fait commises par l'administration et en l'absence de défense précise du préfet de police sur ce point, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard au moyen d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police réexamine la situation de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à ce nouvel examen dans un délai de trois mois et, dans l'attente, de délivrer à M. B sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté du 4 juin 2024 du préfet de police est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, pendant le temps du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
Mme Alidière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
M.-O. LE ROUX
L'assesseur le plus ancien,
A. AMADORI
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1-
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