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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416637

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416637

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416637
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantAGAHI-ALAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2024 et 5 septembre 2024,

M. B A, représenté par Me Agahi-Alaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

M. A soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière, méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée, méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, est entachée d'un examen particulier de sa situation, et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière et est injustifiée et disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Maréchal, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative en vigueur à la date de la requête.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maréchal,

- et les observations de Me Agahi-Alaoui pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais qui déclare être entré sur le territoire français en novembre 2017, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 18 juillet 2018 et 28 février 2019. Par un arrêté du 19 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits. En conséquence, tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition produit par le préfet, que M. A a été en mesure, avant l'édiction de la décision attaquée, d'indiquer l'état de sa situation en France, notamment sa situation familiale et professionnelle, ainsi que son état de santé et les conditions de son entrée sur le territoire national. D'autre part, le requérant ne se prévaut, dans la présente instance, d'aucun autre élément qui aurait pu avoir une incidence sur la décision du préfet. Dans ces circonstances, le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté du 19 juin 2024 et au regard des éléments indiqués par l'intéressé lors de son audition le même jour, que le préfet de police aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Si le requérant se prévaut de sa présence en France depuis 2017, il ressort tout d'abord des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire depuis le rejet de sa demande d'asile en février 2019 et qu'il s'est soustrait à deux décisions portant obligation de quitter le territoire français, édictées le 22 juillet 2019 et le 13 novembre 2020. Ensuite, si l'intéressé se prévaut de sa situation professionnelle et notamment d'un emploi qu'il occupe dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er octobre 2023, il exerce toutefois cette activité sans disposer d'un droit au séjour. Enfin, si M. A justifie entretenir des relations amicales en France, il est en revanche célibataire et sans charge de famille. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

8. M. A, qui n'a pas demandé de titre de séjour, ne peut pas utilement soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions citées au point précédent, de sorte que ce moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. M. A, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, ne produit pas d'élément de nature à établir qu'il serait personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi au Bangladesh. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne notamment l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il s'est déjà soustrait à deux précédentes décisions l'obligeant à quitter le territoire français, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas pièces du dossier que le préfet de police aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national et qui a indiqué, lors de son audition, ne pas accepter un éloignement décidé par le préfet. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il s'est déjà soustrait à deux précédentes décisions l'obligeant à quitter le territoire français et qu'il a déclaré, lors de son audition du 19 juin 2024, qu'il n'entendait pas exécuter une mesure d'éloignement qui serait prononcé à son encontre. Dans ces circonstances, il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point précédent que le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

17. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, en édictant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. A, qui n'a fait état, eu égard à ce qui a été dit aux points 6 et 12, d'aucune circonstance humanitaire.

18. En second lieu, en vertu des dispositions citées au point 13, il appartenait au préfet, en l'absence de circonstance humanitaire établie par l'intéressé, d'assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. En fixant une telle interdiction pour une durée d'un an, le préfet n'a pas pris une mesure disproportionnée.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

M. MaréchalLa greffière,

K. Cuti

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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