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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417079

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417079

mardi 27 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCOUSIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a condamné l'État à verser 300 euros à M. A, reconnu prioritaire pour un relogement d'urgence par la commission de médiation de Paris le 1er juillet 2021, en raison de la carence fautive de l'État à exécuter cette décision. La responsabilité de l'État a été engagée sur le fondement des articles L. 441-2-3 et L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation pour la période du 24 janvier au 25 septembre 2024, durant laquelle M. A, travailleur handicapé, subissait des troubles dans ses conditions d'existence (logement insalubre de 12 m² sans douche ni WC privatif). Le tribunal a ainsi réparé le préjudice résultant du maintien de cette situation, après avoir déjà indemnisé une période antérieure par un jugement du 23 janvier 2024.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juin et 1er octobre 2024, M. B A, représenté par Me Cousin, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 5 000 euros à parfaire en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 080 euros hors taxes au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- il subit des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à le reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, qui n'a pas produit d'observation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2025.

Vu :

- les pièces complémentaires enregistrées le 4 mars 2025.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Seulin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Mme Seulin a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Seulin a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.

2. M. A, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 1er juillet 2021 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'il justifiait d'une durée d'attente supérieure au délai fixé par l'arrêté préfectoral du 10 août 2009, pour une typologie correspondant à la composition de son ménage. Cette décision vaut pour une personne. En outre, par une ordonnance n°2203234 du 29 avril 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de reloger M. A à compter du 1er juillet 2022, sous astreinte de 200 euros par mois. Or, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à M. A un relogement dans le délai de six mois imparti, ni d'avantage exécuté l' ordonnance lui enjoignant d'assurer le relogement de l'intéressé. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 1er janvier 2022 à l'égard de M. A. Il résulte de l'instruction que M. A a été relogé le 25 septembre 2024 dans un logement correspondant à ses besoins et capacités. La période de responsabilité de l'Etat court donc du 1er janvier 2022 au 1er septembre 2024.

Sur le préjudice :

3. Par un jugement n°2303389 du 23 janvier 2024, le tribunal a condamné l'Etat à réparer les préjudices subis par M. A du 1er janvier 2022 au 23 janvier 2024. Par suite, le préjudice réparé par le présent jugement court à compter du 24 janvier 2024, jusqu'au 25 septembre 2024 résulte de l'instruction que jusqu'au 25 septembre 2024, date de son relogement, la situation de M. A vivait dans studio de 12m² situé au sixième étage d'un immeuble sans ascenseur dont les WC se trouvait sur le palier alors qu'il est reconnu comme travailleur handicapé par la maison départementale des personnes handicapées. L'appartement étant dépourvue de douche, il devait se rendre aux bains-douches publics deux fois par semaine. Dès lors, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. A dans ses conditions d'existence, en lui allouant une somme de 300 euros.

Sur les frais liés au litige :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A une somme de 300 euros.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la ministre, auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement et à Me Cousin.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.

La magistrate désignée,

A. Seulin

Signé

La greffière,

L. Thomas

SignéLa République mande et ordonne à la ministre, chargée du logement auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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