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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417275

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417275

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417275
TypeDécision
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, M. C, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, contenues dans l'arrêté du préfet de police du 3 avril 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention étudiant dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Scalbert, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative combiné à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'erreurs de faits ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par le préfet.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par décision du 30 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mornington,

- et les observations de Me Scalbert, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien, né le 8 novembre 2001, est entré régulièrement en France, le 17 décembre 2016. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1, L.422-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté en date du 3 avril 2024 portant refus de lui délivrer un titre de séjour, obligation à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside en France de manière habituelle depuis 2017. Arrivé à l'âge de 15 ans, il démontre avoir effectué un parcours scolaire méritoire. De 2017 à 2018, il est scolarisé en classe de seconde, qu'il redouble en 2018 à 2019. De 2019 à 2020, il intègre une classe de première STMG, de 2020 à 2021 une terminale STMG. Il obtient son baccalauréat de classe de première avec une moyenne de 13/20 en 2020, et son bac en 2021 avec mention bien au bac en 2021. De 2021 à 2023, il est inscrit en BTS comptabilité gestion, dont il obtient le diplôme en 2023 avec 13/20 de moyenne. Ses enseignants soulignent son sérieux et sa motivation. Son évaluation de stage de BTS indique qu'il est excellent et souligne son investissement et son sens de l'adaptation. De 2023 à 2024 il est inscrit en diplôme de comptabilité gestion 2 et il ressort des pièces versées au dossier qu'il est un élève assidu et respectueux. Il a donc suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de 15 ans. En outre, les nombreuses attestations de proches et de professionnels associatifs démontrent que le requérant est bien intégré dans la société, notamment du fait de son activité sportive en compétition, en club de lutte gréco-romaine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que ses parents et son frère sont présents sur le territoire, son frère étant scolarisé et sa mère travaillant en CDI. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ainsi qu'une méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour prise par le préfet de police le 3 avril 2024 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant à M. A un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il sera renvoyé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde et au regard des circonstances exposées au point 3, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que la carte de résident sollicitée soit délivrée au requérant. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer une carte de résident visée à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Scalbert, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Scalbert de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E:

Article 1er : Les décisions contenues dans l'arrêté du préfet de police en date du 3 avril 2024 par lesquelles le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la mise à disposition du présent jugement au greffe.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Scalbert, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Scalbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police, ainsi qu'à Me Scalbert.

Délibéré après l'audience du 23 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Mornington, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

A-D. Mornington Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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