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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417832

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417832

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417832
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantGERARD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a condamné l'État à verser 5 300 euros à M. A..., reconnu prioritaire pour un relogement d'urgence par la commission de médiation le 11 avril 2019, en raison de la carence fautive du préfet à lui proposer un logement dans le délai légal de six mois. La responsabilité de l'État a été engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation pour les troubles dans les conditions d'existence subis par le requérant, hébergé de manière précaire. Le tribunal a évalué le préjudice en tenant compte de la durée de la carence (depuis octobre 2019) et de la situation familiale de M. A..., père de trois enfants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2024 et le 17 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Gerard, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 5 400 euros à parfaire, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’il n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- il subit des troubles dans ses conditions d’existence du fait de la carence fautive de l’État à le reloger.

Par une décision du 18 décembre 2024, M. A... a été admis à l’aide juridictionnelle partielle (25%).


Le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, à qui la procédure a été communiquée, n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique, en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d’audience, le rapport de Mme Salzmann.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :
1. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’Etat à toute personne qui (…) n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. (…) ».
2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l’intéressé n’a pas fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à compter de l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
3. M. A... qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 11 avril 2019 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu’il était dépourvu de logement. Cette décision valait pour une personne. Le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris n’a pas proposé à M. A... un relogement dans le délai de six mois impartis par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 11 octobre 2019 à l’égard de M. A....
Sur le préjudice :
4. Il résulte de l’instruction que le motif retenu par la commission de médiation dans sa décision du 11 avril 2019 pour reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social du requérant persiste, M. A... ayant été hébergé dans une auberge de jeunesse puis chez une connaissance. En outre, M. A... est père de trois enfants pour lesquels il bénéficie d’un droit de garde en fin de semaine. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l’État et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. A... dans ses conditions d’existence, en lui allouant une somme de 5 300 euros tous intérêts compris à la date du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :
5. M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle au taux de 25 %. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’État la somme demandée par Me Gerard au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche, dès lors que l’admission à l’aide juridictionnelle partielle a laissé à la charge de M. A... une partie des frais exposés pour l’instance et non compris dans les dépens, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à ce dernier d’une somme de 810 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :



Article 1er : L’État est condamné à verser à M. A... une somme de 5 300 euros tous intérêts compris à la date du présent jugement.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 810 euros, sur le fondement de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La requête de M. A... est rejetée pour le surplus.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la ministre chargée du logement et à Me Gerard.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.


La magistrate désignée,
M. SALZMANN
La greffière,
P. TARDY-PANIT


La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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