Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419660

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 juillet 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Poitiers a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B... A....

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Poitiers le 11 juin 2024, et un mémoire, enregistré le 5 octobre 2025, Mme B... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 15 mai 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande de changement de nom.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article 61 du code civil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la requérante n’est pas fondé.

Par une ordonnance du 1er octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 3 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.




Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- et les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. Le 14 janvier 2024, Mme A... a présenté une demande de changement de nom sur le fondement de l’article 61 du code civil afin de substituer à son nom patronymique son nom d’usage « David » qui était le nom patronymique de son époux et père de ses quatre enfants, décédé le 1er juillet 2022. Par une décision du 15 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de cette décision.

2. D’une part, aux termes de l’article 225-1 du code civil : « Chacun des époux peut porter, à titre d'usage, le nom de l'autre époux, par substitution ou adjonction à son propre nom dans l'ordre qu'il choisit, dans la limite d'un nom de famille pour chacun d'eux ». Aux termes de l’article 227 du code civil : « Le mariage se dissout : 1° Par la mort de l'un des époux ; 2° Par le divorce légalement prononcé ».

3. D’autre part, aux termes de l’article 61 du code civil : « Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom (...) ». Des motifs d’ordre affectif peuvent, dans des circonstances exceptionnelles, caractériser l'intérêt légitime requis par l’article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.

4. En l’espèce, Mme A... a demandé à prendre le nom de son ancien époux et père de ses quatre enfants mineurs, qui est brutalement décédé à l’âge de trente-quatre ans le 1er juillet 2022. La requérante fait état de son projet de se remarier et de son souhait de continuer à porter le nom de son premier mari pour lui rendre hommage et conserver le même nom de famille que leurs quatre enfants. Toutefois, le projet de mariage de Mme A... et le fait que ce second mariage lui fera perdre le droit d’usage du nom de son premier mari décédé, ne suffisent pas, à eux seuls, à caractériser l’intérêt légitime requis par l’article 61 du code civil pour justifier de déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi. Par ailleurs, Mme A... n’apporte aucun élément étayé permettant de remettre en cause le risque de confusion avec une dévolution du nom de famille par filiation qui pourrait résulter de son changement de nom en faveur de celui de son époux décédé, qui lui a été opposé par la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées.





D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au garde des sceaux, ministre de la justice.


Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,





E. Armoët

La présidente,





N. Amat
La greffière,






L. Thomas



La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.