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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419864

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419864

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419864
TypeDécision
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCARDOSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. D A représenté par Me Cardoso, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 6 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Savoie a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la même somme à son propre profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard aux risques encourus dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée au préfet de la Savoie qui n'a pas produit de mémoire, mais qui a communiqué des pièces, enregistrées les 29 juillet et 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Truilhé, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Truilhé a été entendu, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant afghan, né le 25 août 1997 à Nangarhar (Afghanistan), entré en France le 29 août 2021 selon ses déclarations, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 7 décembre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision en date du 12 août 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 5 avril 2023. Sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par décision de l'OFPRA le 4 mai 2023. Par un arrêté du 24 juillet 2023, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il s'est maintenu sur le territoire français et a introduit un recours devant la CNDA, qui a été rejeté par décision du 24 août 2024. Dans le cadre d'un contrôle de police, le requérant a été interpellé le 6 juillet 2024 et il a fait l'objet, le même jour, d'une décision du préfet de la Savoie portant interdiction de retour d'une durée d'un an, assortie d'une décision fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2-2024 du 9 juillet 2024, publié 11 juillet 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Savoie a donné à Mme B C, sous-préfète de Saint-Jean de Maurienne, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment les articles L. 612-7, L. 612-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne, en outre, les éléments de la situation personnelle de M. A sur lesquels elle se fonde. Elle précise, en particulier, que la demande d'asile de l'intéressé a été définitivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. La décision précise, enfin, que M. A est célibataire et sans enfant à charge, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. M. A, qui est entré en France en 2021 selon ses déclarations, est célibataire sans charge d'enfant. En outre, il s'est maintenu irrégulièrement en France depuis son arrivée sur le territoire et, en l'absence notamment de toutes ressources ou projet professionnel, il ne démontre aucune intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit aussi être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an à l'encontre de la décision susvisée.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Si M. A soutient qu'il craint être persécuté en raison de ses opinions politiques et de son occidentalisation et qu'il encourt des risques de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Afghanistan, il n'apporte pas, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et par la Cour nationale du droit d'asile, d'éléments concrets de nature à établir la réalité et l'actualité des risques auxquels il prétend être exposé en cas de retour en Afghanistan. Les décisions de l'OFPRA et de la CNDA se fondent sur des contradictions, incohérences ou invraisemblances sur lesquelles il ne s'explique pas davantage devant le tribunal, en particulier s'agissant des faits présentés comme étant à l'origine de son départ d'Afghanistan, les raisons pour lesquelles les habitants de sa localité auraient ostracisé sa famille, les circonstances dans lesquelles les talibans ont pu le retrouver après son déménagement avec sa famille près de Jalalabad. En l'espèce, s'il a été soupçonné par les autorités d'avoir collaboré avec les talibans et placé en détention, il a déclaré avoir été innocenté et libéré à la suite de l'intervention des barbes blanches. En outre, en se bornant à mentionner qu'il prenait des cours de français et utilisait les réseaux sociaux, il ne fait état d'aucun élément propre à son parcours ou à son profil le caractérisant comme étant particulièrement occidentalisé au risque de se voir imputer, par les autorités talibanes, une opposition d'ordre politique ou religieux. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément probant susceptible d'établir qu'il présenterait une vulnérabilité particulière à l'égard des forces talibanes ou du groupe armé " Etat islamique - Province de Khorassan " ou qu'il serait exposé en Afghanistan à un risque réel de subir soit des traitements inhumains ou dégradants, soit la peine de mort ou une exécution. Par conséquent, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations et dispositions citées au point précédent.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Cardoso et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

J-C. TRUILHÉ

La greffière,

A. HENRYLa République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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