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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419885

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419885

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419885
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CLYDE & CO (LLP)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en plein contentieux, a examiné le recours de la société Air France contre une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur pour avoir débarqué une passagère démunie de document de voyage. La requérante soutenait que la passagère avait présenté son passeport à l'embarquement et ne pouvait être tenue responsable de sa perte ou destruction ultérieure en vol. Le tribunal a appliqué les articles L. 821-6 et L. 821-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent au transporteur de vérifier la possession de documents valides au moment de l'embarquement. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le tribunal a examiné la preuve apportée par Air France (capture d'écran du logiciel Altéa) pour déterminer si l'entreprise s'était acquittée de son obligation de vérification.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, la société Air France, représentée par Me Pradon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision R/23-0712 du 21 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a infligé une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué sur le territoire français une passagère démunie de document de voyage et de la décharger du paiement de cette somme ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la sanction n’est pas fondée dès lors que la passagère a présenté son passeport aux agents de contrôle lors de l’embarquement, comme en atteste la copie d’écran du logiciel Altéa ;
- elle ne peut être tenue responsable du fait que la voyageuse contrôlée a, pendant le vol, détruit ou perdu le passeport présenté à l’embarquement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la société requérante n’établit pas que la passagère était munie d’un document de voyage au moment de l’embarquement ni que ce document ne comportait pas d’irrégularité manifeste.

Par une ordonnance du 16 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 30 septembre 2025.

Le mémoire présenté par la société Air France, enregistré le 2 octobre 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction, n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Madé,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 mai 2024, le ministre de l’intérieur a infligé à la société Air France, sur le fondement des articles L. 821-6 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une amende de 10 000 euros pour avoir, le 20 juillet 2023, débarqué à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle une passagère de nationalité indéterminée, en provenance de Montréal, démunie de document de voyage. La société Air France demande l’annulation de cette décision et la décharge du paiement de l’amende.

2. Aux termes de l’article L. 6421-2 du code des transports : « Le transporteur ne peut embarquer les passagers pour un transport international qu'après justification qu'ils sont régulièrement autorisés à atterrir au point d'arrivée et aux escales prévues ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 821-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Est passible d'une amende administrative de 10 000 euros l'entreprise de transport aérien, maritime ou routier qui débarque sur le territoire français, en provenance d'un État qui n'est pas partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse démuni du document de voyage et, le cas échéant, du visa requis par la loi ou l'accord international qui lui est applicable en raison de sa nationalité ». Aux termes de l’article L. 821-8 du même code : « L’amende prévue à l’article L. 821-6 (…) n’est pas infligée : (…) / 2° Lorsque l'entreprise de transport établit que les documents requis lui ont été présentés au moment de l'embarquement et qu'ils ne comportaient pas d'élément d'irrégularité manifeste (…) ».

3. Ces dispositions font obligation aux transporteurs aériens de s’assurer, au moment des formalités d’embarquement, que les voyageurs ressortissants d’Etats non membres de l’Union européenne ni d’un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 sont en possession de documents de voyage leur appartenant, le cas échéant revêtus des visas exigés par les textes, non falsifiés et valides. Si ces dispositions n’ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet de conférer au transporteur un pouvoir de police aux lieu et place de la puissance publique, elles lui imposent de vérifier que l’étranger est muni des documents de voyage et des visas éventuellement requis et que ceux-ci ne comportent pas d’éléments d’irrégularité manifeste, décelables par un examen normalement attentif des agents de l’entreprise de transport. En l’absence d’une telle vérification, à laquelle le transporteur est d’ailleurs tenu de procéder en vertu de l’article L. 6421-2 du code des transports, le transporteur encourt l’amende administrative prévue par les dispositions précitées.

4. Il appartient au juge administratif, saisi d’un recours de pleine juridiction contre la décision infligeant une amende sur le fondement des dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de statuer sur le bien-fondé de la décision contestée et de réduire, le cas échéant, le montant de l’amende infligée en tenant compte de l’ensemble des circonstances de l’espèce.

5. Il résulte de l’instruction que la société Air France a laissé débarquer sur le territoire français, le 20 juillet 2023, une passagère démunie de document de voyage en provenance de Montréal. La société requérante produit une capture d’écran de sa base de données ALTEA comportant les nom, prénom, date de naissance et nationalité de la passagère, ainsi que ses numéros de passeport et de visa et leur date d’expiration. Il résulte également de l’instruction que ces informations n’ont pu être enregistrées qu’après qu’un agent de la compagnie a présenté la zone de lecture optique du passeport (bande MRZ) à un outil de lecture lors de l’enregistrement de la passagère, comme en atteste la présence de la mention « SWIPE » sur l’extrait de la base de données. Toutefois, si ces informations permettent d’établir que la passagère s’est présentée avec un passeport camerounais complet au moment de l’embarquement, elles ne suffisent pas à établir, en l’absence de production d’une copie numérisée de ce document, que celui-ci ne comportait pas d’élément d’irrégularité manifeste. Dès lors, le ministre de l’intérieur a pu légalement infliger à la société Air France une amende sur le fondement des dispositions de l’article L. 821-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et en fixer le montant à 10 000 euros, en l’absence de circonstances particulières.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Air France doit être rejetée en toutes ses conclusions.





D E C I D E :





Article 1er : La requête de la société Air France est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Air France et au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Grossholz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.

La rapporteure,

C. Madé

La présidente,

P. Bailly

Le greffier,





Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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