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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421598

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421598

lundi 26 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421598
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C, ressortissant algérien, qui contestait les arrêtés du préfet de police du 8 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trente-six mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, estimant que l'auteur de l'acte disposait d'une délégation régulière et que la décision était suffisamment motivée. Il a également jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé (article 8 de la CEDH), compte tenu de sa situation personnelle et de son non-respect d'une précédente obligation de quitter le territoire. Enfin, le tribunal a rejeté les conclusions relatives au refus de délai de départ volontaire, à la fixation du pays de destination et à l'interdiction de retour, faute d'illégalité de la décision principale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 et le 14 2024, M. A C, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 8 août 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

-les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît le champ d'application de la loi et les dispositions de l'accord franco-algérien du 25 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

-elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'une erreur de qualification des faits ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français :

-elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article

R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier ;

- les observations de Me Aprile, avocat commis d'office, représentant M. C,

- et les observations de Me Capuano, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1.M. A C, ressortissant algérien né le 6 juin 1983 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 août 2024, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'arrêté du même jour prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En c qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquels elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, elle lui permet d'en comprendre les motifs. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation individuelle du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen individuel de situation doit, dès lors, être écarté.

5. M. C a déclaré être célibataire et sans charge de famille et s'il se prévaut d'une longue présence en France, il n'établit pas une vie privée et familiale intense en France avec ses proches. Il a, par ailleurs déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 26 janvier 2023 à laquelle il s'est soustrait. Dès lors, nonobstant la circonstance que M. C obtenu une carte de résident de deux ans renouvelée pour dix ans, les moyens tirés de la violation l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance du champ d'application de la loi et les dispositions de l'accord franco-algérien du 25 décembre 1968 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

6. En l'absence de toute illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'appui de la demande d'annulation du refus d'octroi de délai de départ volontaire doit être écarté.

7. La circonstance que la qualification des faits reprochés à l'intéressé n'est pas établie n'a pas pour effet de priver de base légale la décision attaquée dès lors que M. C ne présente pas de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et se maintient depuis 2023 sur le territoire français irrégulièrement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En l'absence de toute illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'appui de la demande d'annulation du refus d'octroi de délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :

9. Il ressort de débats à l'audience que M. C n'a pas participé aux faits qui lui sont reprochés et qui motivent l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. La conclusion du procès-verbal de police du 8 mars 2024 auquel sont annexes les photos des caméras de vidéo-surveillance mentionne qu'" il ressort de l'exploitation des caméras de la ville de Paris qu'un homme était poursuivi par plusieurs individus au niveau de la rue de la Chapelle 75018 Paris. L'éloignement et les rotations des caméras ne permettait pas de distinguer la rixe ni d'identifier les protagonistes. Un homme correspondant à X se disant C passait devant la caméra à vélo se dirigeant vers la rixe mais arrivait quelques temps après les hommes à la poursuite de l'individu. Dont acte ". Si le préfet de police fait valoir que le fichier FAED contient plusieurs condamnations qui le concernent, il ressort des pièces du dossier que par une ordonnance sur requête en effacement du bulletin n°02 du casier judiciaire, la première vice-présidente au tribunal judicaire de Paris a, le 8 janvier 2024, fait droit à la demande de l'intéressé et a décidé de l'effacement du casier n°2 de deux jugements du tribunal correctionnel de Paris en date du 2 mai 2022 et 15 septembre 2008, les condamnations ayant été prononcées il y a plus de quinze ans. M. C ne représente donc pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et doit, pour ce motif, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Dès lors, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Le requérant est assisté à la présente audience par une avocate commise d'office. Dès lors, les conclusions qu'il présente tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Décision rendue le 26 août 2024.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIERLa greffière,

D. PERMALNAICK

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui lea concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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