Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 30 avril, 20 mai et 10 juin 2026, M. C... B... A..., représenté par Me Mahbouli, avocat, demande au Tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté en date du 6 avril 2026 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de procéder à l’effacement de son signalement au fichier du système d’information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... A... soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen individuel de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur de fait ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marik-Descoings,
- et les observations de Me Mahbouli, représentant M. B... A....
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant américain né le 9 mai 2005, a fait l’objet le 6 avril 2026 d’un arrêté par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois, dont il demande l’annulation par ma présente requête.
Sur les conclusions à fin d’annulation et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
2. Le préfet a fondé notamment la décision attaquée sur les circonstances que M. B... A... avait été signalé le 5 avril 2026 pour des faits de violences volontaires sans ITT, en réunion et par auteur ivre, que l’intéressé « allègue être entré sur le territoire le 1er avril 2026 » et ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté que « l’intéressé se déclare célibataire et sans enfant ». Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier des éléments policiers fournis par le préfet de police, que M. B... A..., inconnu des services de police avant les faits qui lui sont reprochés, a été arrêté par les services de police avec deux de ses amis lors de l’agression d’une personne qui vendait des roses à la sortie d’un établissement de nuit, faits qu’il conteste d’ailleurs, et qui ont fait l’objet d’un classement sans suite par le parquet du tribunal judiciaire de Paris. Par ailleurs, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de police aurait pris cette même mesure en l’absence de ce motif tiré de la menace que la présence en France de M. B... A... ferait peser sur l’ordre public. Dès lors, en interdisant à M. B... A... le retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois, le préfet de police a entaché sa décision d’erreur d’appréciation.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
3. Il y a lieu, compte tenu de l’annulation de l’interdiction de retour sur le territoire français, d’enjoindre au préfet de police de procéder à l’effacement du signalement de M. B... A... au sein du système d’information Schengen.
Sur les frais liés à l’instance :
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 000 euros au benefice de M. B... A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : L’arrêté en date du 6 avril 2026 par lequel le préfet de police a interdit à M. B... A... le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder à l’effacement du signalement de M. B... A... au sein du système d’information Schengen.
Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B... A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... A... et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
N. MARIK-DESCOINGS
La greffière,
Signé
O. PERAZZONE
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.