lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421839 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I./ Par une première requête enregistrée le 12 août 2024 sous le numéro 2421761, M. D A, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés en date du 11 août 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinquante mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'une semaine sous astreinte cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
-les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;
- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;
-les décisions sont entachées d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision est entachée d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
II./ Par une deuxième requête enregistrée le 13 août 2024 sous le numéro 2421839, M. A demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés en date du 12 août 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de cinquante mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
-les décisions sont entachées d'incompétence de son signataire ;
-les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article
R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier ;
- les observations de Me Dridi, avocat commis d'office, représentant M. A,
- et les observations de Me Capuano, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant algérien né le 5 octobre 1992 demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 11 et 12 août 2024, par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'arrêté du même jour prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinquante mois.
Sur la jonction :
2. Les deux affaires enregistrées sous les numéros n°2421761-2421839 concernent le même requérant et les mêmes décisions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, le préfet de police a donné à M. B C, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquels elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet d'en comprendre les motifs. Les décisions mentionnent notamment que l'intéressé a été, le 5 oût 2024, été signalé pour menace de mort sur autrui en raison de la race, de l'ethnie ou de la religion. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation individuelle du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen individuel de situation doit, dès lors, être écarté.
6. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu de toute précision et doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
7. Les mêmes moyens que ceux soulevés contre l'obligation de quitter le territoire doivent être écartés pour les mêmes motifs.
8. M. A ne justifie pas d'une résidence effective et permanente et n'est pas en situation régulière malgré son emploi dans un salon de coiffure. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et méconnaissance de sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu de toute précision et doit, dès lors, être écarté.
10. Pour le même motif que celui retenu au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Il n'est pas contesté que les faits particulièrement graves pour lesquels il a été signalé, sur lesquels il n'est pas utile de revenir dans le présent jugement, ont fait l'objet d'une relaxe totale lors d'une comparution immédiate devant le juge pénal. L'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinquante mois, exceptionnellement longue, est fondée quasi-exclusivement sur ces événements. Dès lors, cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et doit, pour ce motif, être annulée.
Sur les frais d'instance :
12. M. A est assisté pour sa défense par une avocate commise d'office. Dès lors, les conclusions qu'il formule sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinquante mois est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.
Décision rendue le 26 août 2024.
Le magistrat désigné,
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
D. PERMALNAICK
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui lea concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2421761-2421839 /8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2613663
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