Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422063
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ORIER |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 août 2024 et 13 mars 2025, M. D... A..., représenté par Me Orier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 juin 2024, enregistré sous le n° DP 075 103 24 V 0168, par lequel la maire de Paris a rejeté sa demande tendant à la transformation en meublé de tourisme d’un local commercial de 124,39 m2 situé au 3ème étage, 11 rue Réaumur dans le 3ème arrondissement de Paris ;
2°) d’enjoindre à la maire de Paris, à titre principal, de lui délivrer l’autorisation sollicitée dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente en l’absence de production d’une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que la transformation du local ne contribuerait pas à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services au sens de l’article 2 du règlement issu de la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que la transformation du local ne génèrerait pas de nuisances pour l’environnement urbain au sens de l’article 2 du règlement issu de la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 ;
- elle est dépourvue de base légale du fait de l’annulation de l’article 2 de la délibération du 15 décembre 2021 par la cour administrative d’appel de Paris par un arrêt n° 24PA00475 du 6 février 2025 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2025, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l’arrêt n° 24PA00475 du 6 février 2025 de la cour administrative d’appel de Paris qui a partiellement annulé l’article 2 de la délibération du Conseil de Paris n° 2021 DLH 460 des 14, 15, 16 et 17 décembre 2021 n’est pas définitif dès lors qu’il fait l’objet d’un pourvoi en cassation ;
- cet arrêt prive de base légale la décision attaquée en tant seulement qu’elle est fondée sur le motif de refus prévu à l’article 2 de la délibération du 15 décembre 2021 tenant à la rupture de l’équilibre entre l’emploi, l’habitat, les commerces et les services ; si le tribunal devait statuer après cassation, ce moyen n’est pas fondé ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 2 avril 2025 à 12 heures.
Par des lettres du 17 juillet 2026, le tribunal a informé les parties, sur le fondement de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’application au litige des alinéas 3 à 10 de l’article 2 du règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme adopté par la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 compte tenu de l’annulation, par la décision n° 503274 du Conseil d’Etat du 15 juillet 2026, de l’article 2 de l’arrêt n° 24PA00475 de la cour administrative d’appel de Paris du 6 février 2025 qui avait partiellement annulé la délibération du 15 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du tourisme ;
- le code de l’urbanisme ;
- la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 du Conseil de Paris portant règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public,
- et les observations de Me Graber, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... est propriétaire d’un local à usage commercial de 124, 39 m² situé au 3ème étage, 11 rue Réaumur dans le 3ème arrondissement de Paris (lot n° 22). Le 24 avril 2024, il a demandé l’autorisation de transformer ce local en meublé de tourisme. Par un arrêté du 16 juin 2024, la maire de Paris a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B... C..., adjointe à la cheffe de la circonscription centre-est, cheffe de la section urbanisme, qui disposait d’une délégation de signature de la maire de Paris consentie par un arrêté du 22 février 2024 régulièrement publié au portail des publications administratives de la Ville de Paris du 23 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du IV bis de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, dans sa version en vigueur du 1er janvier 2020 au 21 novembre 2024 : « Sur le territoire des communes ayant mis en œuvre la procédure d'enregistrement prévue au III, une délibération du conseil municipal peut soumettre à autorisation la location d'un local à usage commercial en tant que meublé de tourisme. / Cette autorisation est délivrée au regard des objectifs de protection de l'environnement urbain et d'équilibre entre emploi, habitat, commerces et services, par le maire de la commune dans laquelle est situé le local. (…) » Aux termes de l’article R. 324-1-5 du même code : « La délibération mentionnée au premier alinéa du IV bis de l'article L. 324-1-1 précise, sur le fondement d'une analyse de la situation particulière de la commune : 1° Les principes de mise en œuvre des objectifs de protection de l'environnement urbain et d'équilibre entre emploi, habitat, commerces et services ; 2° Les critères utilisés pour délivrer l'autorisation prévue au même alinéa. Ces critères peuvent être mis en œuvre de manière différenciée sur le territoire de la commune, en fonction de la situation particulière de certains quartiers ou zones ». Sur ce fondement, le Conseil de Paris a adopté le 15 décembre 2021 le règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme, publié au bulletin officiel de la Ville de Paris du 18 janvier 2022, dont l’article 2, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : « La location d’un local tel que défini à l’article 1er en tant que meublé de tourisme est autorisée dans les conditions suivantes : / - le local ne doit pas être situé sur un linéaire commercial et artisanal faisant l’objet d’une protection au Plan Local d’Urbanisme ; / - la transformation du local ne doit pas contribuer à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services, au regard : / a/ de la densité de meublés touristiques, appréciée au vu notamment : / du nombre de numéros d’enregistrement délivrés sur le fondement du III de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme par rapport au nombre de résidences principales ; / du nombre de demandes d’autorisations d’urbanisme de changement de destination de commerce en hébergement hôtelier au cours des cinq dernières années. / b/ de la densité et de la diversité de l’offre commerciale du secteur appréciées au vu notamment : / de la présence d’une zone de redynamisation commerciale ; / de la densité commerciale par types de commerces sur le secteur. / c/ de la densité de l’offre hôtelière existante. / - La location ne doit pas entraîner de nuisances pour l’environnement urbain, appréciées notamment au vu / a/ des caractéristiques envisagées du meublé de tourisme : surface, nombre de pièces, nombre maximum de personnes accueillies et moyens d’accès ; lorsque le local fait partie d’un immeuble comportant plusieurs locaux, l’absence de nuisance sera également appréciée selon la consistance de cet immeuble et de la localisation du meublé au sein de celui-ci. / b/ de la bonne insertion dans le tissu urbain, appréciée notamment au vu des caractéristiques du quartier ».
4. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre la décision contestée, la maire de Paris s’est d’abord fondée sur la circonstance que la transformation du local commercial en cause en meublé de tourisme contribuerait à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services au sens des dispositions précitées des alinéas 3 à 10 de l’article 2 du règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme, compte tenu de la forte densité de meublés touristiques, appréciée au vu notamment du nombre de numéros d’enregistrement délivrés sur le fondement du III de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme par rapport au nombre de résidences principales.
5. D’une part, le requérant fait valoir que la décision attaquée est dépourvue de base légale dès lors que les dispositions précitées du règlement municipal permettant à la Ville de refuser d’autoriser la location d’un local commercial en meublé de tourisme pour un tel motif ont été annulées, en cours d’instance, par un arrêt n° 24PA00475 de la cour administrative d’appel de Paris du 6 février 2025. Toutefois, cet arrêt a été annulé par le Conseil, par une décision n° 503274 du 15 juillet 2026. Par suite, la décision attaquée n’est pas dépourvue de base légale et les dispositions des alinéas 3 à 10 de l’article 2 du règlement municipal adopté par la délibération n° 2021 DLH 460 du Conseil de Paris du 15 décembre 2021 sont applicables au litige.
6. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que le local en cause se situe dans une zone de très forte densité de meublés touristiques (230 meublés touristiques pour 1 000 résidences principales). Les services de la mairie du centre et ceux de la direction du logement et de l’habitat ont ainsi émis des avis défavorables au projet de transformation en raison de la surdensité hôtelière dans la zone. Compte tenu de la très forte densité de meublés touristiques dans la zone en cause, le maire de Paris n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant que la transformation du local contribuerait à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services.
7. En dernier lieu, pour prendre la décision contestée, la maire de Paris a également considéré que la transformation du local commercial en cause en meublé de tourisme contribuerait à entraîner des nuisances pour l’environnement urbain au sens des dispositions précitées de l’article 2 du règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme. Toutefois, s’il est constant que l’accès au local situé au 3ème étage de l’immeuble nécessite d’emprunter ses parties communes et sa cour intérieure, il ressort des pièces du dossier que l’immeuble fait déjà l’objet d’un accès relativement étendu dès lors qu’il comprend cinq meublés de tourisme et plusieurs locaux à usage commercial. Or il ne ressort d’aucune pièce du dossier que cet accès étendu présente des risques particuliers pour la sécurité des habitants ou des locaux. De même, le risque de nuisances liées à la fréquentation du local en litige, compte tenu de l’hébergement possible de huit personnes, n’est étayé par aucun élément alors que le requérant fait valoir que l’exploitation de cinq meublés de tourisme dans le même immeuble n’a donné lieu à aucun incident particulier. Enfin, si la Ville de Paris fait valoir dans son mémoire en défense que le risque de nuisances est amplifié par le fait que le local de M. A... est entouré de locaux d’habitation, ce dernier le conteste en faisant notamment valoir qu’un cabinet médical est en réalité installé au 4ème étage et que l’immeuble est, en majorité, composé de locaux commerciaux, quarante-trois sociétés étant référencées à cette adresse. Dans ces conditions, en l’absence d’éléments étayés permettant d’établir la réalité des nuisances retenues, M. A... est fondé à soutenir que ce motif de rejet est entaché d’une erreur d’appréciation.
8. Cependant, il résulte de l’instruction que la Ville de Paris aurait pris la même décision si elle n’avait retenu que le seul motif examiné aux points 4 à 6 du présent jugement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté de la maire de Paris du 16 juin 2024. Ses conclusions aux fins d’annulation doivent, dès lors, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
E. Armoët
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 août 2024 et 13 mars 2025, M. D... A..., représenté par Me Orier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 juin 2024, enregistré sous le n° DP 075 103 24 V 0168, par lequel la maire de Paris a rejeté sa demande tendant à la transformation en meublé de tourisme d’un local commercial de 124,39 m2 situé au 3ème étage, 11 rue Réaumur dans le 3ème arrondissement de Paris ;
2°) d’enjoindre à la maire de Paris, à titre principal, de lui délivrer l’autorisation sollicitée dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente en l’absence de production d’une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que la transformation du local ne contribuerait pas à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services au sens de l’article 2 du règlement issu de la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que la transformation du local ne génèrerait pas de nuisances pour l’environnement urbain au sens de l’article 2 du règlement issu de la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 ;
- elle est dépourvue de base légale du fait de l’annulation de l’article 2 de la délibération du 15 décembre 2021 par la cour administrative d’appel de Paris par un arrêt n° 24PA00475 du 6 février 2025 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2025, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l’arrêt n° 24PA00475 du 6 février 2025 de la cour administrative d’appel de Paris qui a partiellement annulé l’article 2 de la délibération du Conseil de Paris n° 2021 DLH 460 des 14, 15, 16 et 17 décembre 2021 n’est pas définitif dès lors qu’il fait l’objet d’un pourvoi en cassation ;
- cet arrêt prive de base légale la décision attaquée en tant seulement qu’elle est fondée sur le motif de refus prévu à l’article 2 de la délibération du 15 décembre 2021 tenant à la rupture de l’équilibre entre l’emploi, l’habitat, les commerces et les services ; si le tribunal devait statuer après cassation, ce moyen n’est pas fondé ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 2 avril 2025 à 12 heures.
Par des lettres du 17 juillet 2026, le tribunal a informé les parties, sur le fondement de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’application au litige des alinéas 3 à 10 de l’article 2 du règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme adopté par la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 compte tenu de l’annulation, par la décision n° 503274 du Conseil d’Etat du 15 juillet 2026, de l’article 2 de l’arrêt n° 24PA00475 de la cour administrative d’appel de Paris du 6 février 2025 qui avait partiellement annulé la délibération du 15 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du tourisme ;
- le code de l’urbanisme ;
- la délibération n° 2021 DLH 460 du 15 décembre 2021 du Conseil de Paris portant règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public,
- et les observations de Me Graber, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... est propriétaire d’un local à usage commercial de 124, 39 m² situé au 3ème étage, 11 rue Réaumur dans le 3ème arrondissement de Paris (lot n° 22). Le 24 avril 2024, il a demandé l’autorisation de transformer ce local en meublé de tourisme. Par un arrêté du 16 juin 2024, la maire de Paris a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B... C..., adjointe à la cheffe de la circonscription centre-est, cheffe de la section urbanisme, qui disposait d’une délégation de signature de la maire de Paris consentie par un arrêté du 22 février 2024 régulièrement publié au portail des publications administratives de la Ville de Paris du 23 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du IV bis de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, dans sa version en vigueur du 1er janvier 2020 au 21 novembre 2024 : « Sur le territoire des communes ayant mis en œuvre la procédure d'enregistrement prévue au III, une délibération du conseil municipal peut soumettre à autorisation la location d'un local à usage commercial en tant que meublé de tourisme. / Cette autorisation est délivrée au regard des objectifs de protection de l'environnement urbain et d'équilibre entre emploi, habitat, commerces et services, par le maire de la commune dans laquelle est situé le local. (…) » Aux termes de l’article R. 324-1-5 du même code : « La délibération mentionnée au premier alinéa du IV bis de l'article L. 324-1-1 précise, sur le fondement d'une analyse de la situation particulière de la commune : 1° Les principes de mise en œuvre des objectifs de protection de l'environnement urbain et d'équilibre entre emploi, habitat, commerces et services ; 2° Les critères utilisés pour délivrer l'autorisation prévue au même alinéa. Ces critères peuvent être mis en œuvre de manière différenciée sur le territoire de la commune, en fonction de la situation particulière de certains quartiers ou zones ». Sur ce fondement, le Conseil de Paris a adopté le 15 décembre 2021 le règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme, publié au bulletin officiel de la Ville de Paris du 18 janvier 2022, dont l’article 2, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : « La location d’un local tel que défini à l’article 1er en tant que meublé de tourisme est autorisée dans les conditions suivantes : / - le local ne doit pas être situé sur un linéaire commercial et artisanal faisant l’objet d’une protection au Plan Local d’Urbanisme ; / - la transformation du local ne doit pas contribuer à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services, au regard : / a/ de la densité de meublés touristiques, appréciée au vu notamment : / du nombre de numéros d’enregistrement délivrés sur le fondement du III de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme par rapport au nombre de résidences principales ; / du nombre de demandes d’autorisations d’urbanisme de changement de destination de commerce en hébergement hôtelier au cours des cinq dernières années. / b/ de la densité et de la diversité de l’offre commerciale du secteur appréciées au vu notamment : / de la présence d’une zone de redynamisation commerciale ; / de la densité commerciale par types de commerces sur le secteur. / c/ de la densité de l’offre hôtelière existante. / - La location ne doit pas entraîner de nuisances pour l’environnement urbain, appréciées notamment au vu / a/ des caractéristiques envisagées du meublé de tourisme : surface, nombre de pièces, nombre maximum de personnes accueillies et moyens d’accès ; lorsque le local fait partie d’un immeuble comportant plusieurs locaux, l’absence de nuisance sera également appréciée selon la consistance de cet immeuble et de la localisation du meublé au sein de celui-ci. / b/ de la bonne insertion dans le tissu urbain, appréciée notamment au vu des caractéristiques du quartier ».
4. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre la décision contestée, la maire de Paris s’est d’abord fondée sur la circonstance que la transformation du local commercial en cause en meublé de tourisme contribuerait à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services au sens des dispositions précitées des alinéas 3 à 10 de l’article 2 du règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme, compte tenu de la forte densité de meublés touristiques, appréciée au vu notamment du nombre de numéros d’enregistrement délivrés sur le fondement du III de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme par rapport au nombre de résidences principales.
5. D’une part, le requérant fait valoir que la décision attaquée est dépourvue de base légale dès lors que les dispositions précitées du règlement municipal permettant à la Ville de refuser d’autoriser la location d’un local commercial en meublé de tourisme pour un tel motif ont été annulées, en cours d’instance, par un arrêt n° 24PA00475 de la cour administrative d’appel de Paris du 6 février 2025. Toutefois, cet arrêt a été annulé par le Conseil, par une décision n° 503274 du 15 juillet 2026. Par suite, la décision attaquée n’est pas dépourvue de base légale et les dispositions des alinéas 3 à 10 de l’article 2 du règlement municipal adopté par la délibération n° 2021 DLH 460 du Conseil de Paris du 15 décembre 2021 sont applicables au litige.
6. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que le local en cause se situe dans une zone de très forte densité de meublés touristiques (230 meublés touristiques pour 1 000 résidences principales). Les services de la mairie du centre et ceux de la direction du logement et de l’habitat ont ainsi émis des avis défavorables au projet de transformation en raison de la surdensité hôtelière dans la zone. Compte tenu de la très forte densité de meublés touristiques dans la zone en cause, le maire de Paris n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant que la transformation du local contribuerait à rompre l’équilibre entre emploi, habitat, commerces et services.
7. En dernier lieu, pour prendre la décision contestée, la maire de Paris a également considéré que la transformation du local commercial en cause en meublé de tourisme contribuerait à entraîner des nuisances pour l’environnement urbain au sens des dispositions précitées de l’article 2 du règlement municipal fixant les conditions de délivrance des autorisations visant la location de locaux à usage commercial en meublés de tourisme. Toutefois, s’il est constant que l’accès au local situé au 3ème étage de l’immeuble nécessite d’emprunter ses parties communes et sa cour intérieure, il ressort des pièces du dossier que l’immeuble fait déjà l’objet d’un accès relativement étendu dès lors qu’il comprend cinq meublés de tourisme et plusieurs locaux à usage commercial. Or il ne ressort d’aucune pièce du dossier que cet accès étendu présente des risques particuliers pour la sécurité des habitants ou des locaux. De même, le risque de nuisances liées à la fréquentation du local en litige, compte tenu de l’hébergement possible de huit personnes, n’est étayé par aucun élément alors que le requérant fait valoir que l’exploitation de cinq meublés de tourisme dans le même immeuble n’a donné lieu à aucun incident particulier. Enfin, si la Ville de Paris fait valoir dans son mémoire en défense que le risque de nuisances est amplifié par le fait que le local de M. A... est entouré de locaux d’habitation, ce dernier le conteste en faisant notamment valoir qu’un cabinet médical est en réalité installé au 4ème étage et que l’immeuble est, en majorité, composé de locaux commerciaux, quarante-trois sociétés étant référencées à cette adresse. Dans ces conditions, en l’absence d’éléments étayés permettant d’établir la réalité des nuisances retenues, M. A... est fondé à soutenir que ce motif de rejet est entaché d’une erreur d’appréciation.
8. Cependant, il résulte de l’instruction que la Ville de Paris aurait pris la même décision si elle n’avait retenu que le seul motif examiné aux points 4 à 6 du présent jugement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté de la maire de Paris du 16 juin 2024. Ses conclusions aux fins d’annulation doivent, dès lors, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
E. Armoët
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
TA95Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
TA78Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
TA78Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
TA78Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026